Héritière de FN Moteurs, rebaptisée Techspace Aero au début des années 1990 suite à l'entrée dans son capital du groupe français Snecma/Safran, puis Safran Aero Boosters en 2016, l'entreprise aéronautique liégeoise que pilote encore Yves Prete est une des rares industries florissantes en Wallonie.
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Héritière de FN Moteurs, rebaptisée Techspace Aero au début des années 1990 suite à l'entrée dans son capital du groupe français Snecma/Safran, puis Safran Aero Boosters en 2016, l'entreprise aéronautique liégeoise que pilote encore Yves Prete est une des rares industries florissantes en Wallonie. Spécialisée dans les compresseurs basse pression (l'entrée des réacteurs), elle a réalisé l'an dernier un bénéfice net de 121 millions d'euros sur un chiffre d'affaires de 732 millions. En 2011, lorsqu'Yves Prete en devient l'administrateur délégué, elle employait 1.200 personnes. Aujourd'hui, elle en compte 1.600, et conforte son statut de leader planétaire. " Nous possédons 75 % du marché mondial des avions moyens-courriers. Nous aurons également bientôt, suite à la signature d'un partenariat avec General Electric qui va motoriser le prochain Boeing 777, la moitié du marché de compresseurs basse pression des avions longs-courriers ", se réjouit Yves Prete. Le secret de cette réussite ? Le changement de stratégie imprimé il y a une vingtaine d'années par Snecma qui a décidé de faire du site liégeois l'endroit où non seulement on assemble, mais aussi où l'on conçoit ces compresseurs intégrés aux réacteurs des quatre grands motoristes qui se partagent le marché mondial : General Electric, Pratt & Whitney, Rolls-Royce et Safran. " Etre sous-traitant est un métier respectable, mais qui n'est pas placé assez haut dans la chaîne de valeur, et cela peut être mortifère dans un pays comme la Belgique où la main-d'oeuvre est chère ", explique Yves Prete. " Nous partageons les risques mais aussi les revenus, poursuit-il. Nous avons donc la même marge que les motoristes, qui apprécient cette attitude car les programmes comportent toujours des risques : mévente d'un avion, pénalités de retard (même si la faute ne nous en incombe pas) ou compétition exacerbée qui pèse sur les prix. " Pour qu'une industrie survive en Belgique aujourd'hui, il faut réaliser un triptyque, poursuit le patron liégeois : " avoir un vrai produit pour être très haut dans la chaîne des valeurs, dégager une rentabilité suffisante pour continuer à innover (Safran Aero Booster consacre 20 % de son chiffre d'affaires à la R&D) et avoir une volonté de remise en cause et d'amélioration permanente. Nous devons maintenir une barrière de compétence et de technologie qui rendra difficile l'arrivée de nouveaux concurrents ". Lorsqu'on lui demande quel conseil il pourrait donner à son successeur, Yves Prete insiste : " Préparer le futur. C'est un point sur lequel il ne devra pas transiger". Et c'est pour cela aussi qu'il avoue qu'il ne pourrait pas être un homme politique : " Un métier humainement trop dur, et dans lequel vous êtes trop souvent prisonnier du court terme ". " Nous faisons aujourd'hui des plans sur 2050, ajoute le patron wallon. On s'appelle entre nous les obsédés du futur. Et c'est une obsession très motivante. "