Ils l'ont cherchée et ils l'ont retrouvée, cette dédicace signée il y a près de 30 ans de la main même de Pierre Bartholomée - directeur artistique et le chef permanent de l'OPRL de 1977 à 1999 - sur l'un des casiers des loges du Suntory Hall. Cette salle de concert, située dans le quartier huppé d'Akasaka, à Tokyo, a accueilli les plus grands ensembles du monde. Tradition oblige, les chefs d'orchestre y laissent une trace de leur passage dans les backstages. " Cela renforce le côté mythique de cette salle, s'amusait Daniel Weissmann, directeur de l'ensemble liégeois depuis 2014, quelques heures avant le dernier concert de cette tournée japonaise. Toute l'équipe s'y est mise, scrutant les centaines d'inscriptions, à la recherche de cette signature apposée en 1990. "
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Ils l'ont cherchée et ils l'ont retrouvée, cette dédicace signée il y a près de 30 ans de la main même de Pierre Bartholomée - directeur artistique et le chef permanent de l'OPRL de 1977 à 1999 - sur l'un des casiers des loges du Suntory Hall. Cette salle de concert, située dans le quartier huppé d'Akasaka, à Tokyo, a accueilli les plus grands ensembles du monde. Tradition oblige, les chefs d'orchestre y laissent une trace de leur passage dans les backstages. " Cela renforce le côté mythique de cette salle, s'amusait Daniel Weissmann, directeur de l'ensemble liégeois depuis 2014, quelques heures avant le dernier concert de cette tournée japonaise. Toute l'équipe s'y est mise, scrutant les centaines d'inscriptions, à la recherche de cette signature apposée en 1990. " Du 29 juin au 1er juillet, l'OPRL s'est rendu pour la deuxième fois de son histoire au pays du Soleil levant et y a donné trois concerts dans trois salles prestigieuses, à savoir le Kyoto Concert Hall, le Sumida Triphony Hall de Tokyo et le Suntory Hall de Tokyo. Une tournée organisée par l'agence Kajimoto, l'une des plus importantes au Japon et à l'international, au cours de laquelle furent jouées des oeuvres de Lekeu, Brahms, Saint-Saëns, Mozart et Tan Dun. " Trente ans plus tard, plus personne n'a aucun souvenir de notre passage, confie Daniel Weissmann. Mais cette série de concerts est émouvante car elle clôture les huit années que Christian Arming a passées à la tête de l'OPRL. " Il était très attendu ici à Tokyo, lui qui a été directeur musical du New Japan Philarmonic de Tokyo pendant 10 ans (2003-2013). L'enjeu japonais était de taille pour l'ensemble liégeois. " Cette tournée est importante, confirme le responsable. Il ne faut pas décevoir car ces concerts doivent permettre de redonner un caractère international à notre orchestre. " La dernière tournée internationale de l'OPRL, qui l'avait mené en Amérique du Sud, remonte à bien loin déjà, à savoir une dizaine d'années. " Nous ne survivrons que si l'on s'inscrit dans un contexte extrêmement ouvert, en tant qu'orchestre européen, poursuit-il. C'est un des gages de notre succès. Nous devons entretenir de bonnes relations avec le grand public - nous avons besoin des moyens publics pour survivre - mais en même temps il est nécessaire d'avoir des moments d'exception, des moments internationaux. L'équilibre entre les deux est très important. Le Japon, c'est cet enjeu-là. " Un enjeu qui doit permettre à l'OPRL de dépasser " ce complexe d'orchestre de province ". " Même si notre histoire est plutôt celle d'un orchestre belge au milieu de l'Europe ", fait remarquer Daniel Weissmann. " Cette tournée aura un impact au niveau de notre image auprès notamment des agences qui travaillent avec nous à l'étranger, poursuit le directeur. On nous fera davantage confiance et on nous contactera pour nous emmener ailleurs. Cela nous permet d'être dans le paysage et nous ouvre un circuit beaucoup plus international. Aujourd'hui, des grands solistes et chefs d'orchestre nous appellent. On nous fait des commandes. C'est un peu comme un resto étoilé, si vous perdez une étoile, c'est terrible. Mais il ne faut pas non plus la décrocher trop rapidement, car la moindre erreur est fatale. Là, nous y sommes arrivés gentiment en trois ans, nous avons gagné notre étoile. Comme un étoilé repris dans le Guide Michelin est davantage sollicité, nous recevons un nombre de propositions proportionnel à notre étoile. " Le concert donné le 1er juillet au Suntory Hall était peut-être encore plus important que les deux autres représentations car il fut capté en radio par la NHK, le groupe audiovisuel public japonais, pour son programme Best of Classic. Présents aussi ce soir-là, les responsables de la chaîne de télévision internationale Mezzo, dédiée à la musique classique, et avec laquelle l'OPRL a un partenariat. Les concerts de l'OPRL captés par Mezzo (54 millions d'abonnés dans 60 pays) peuvent être rediffusés durant cinq ans. Un partenariat non négligeable et primordial en termes de visibilité... Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'OPRL est invité (une première belge...) au Festival international Enesco de Bucarest, les 14 et 15 septembre prochains, pour des concerts avec Renaud Capuçon (direction Gergely Madaras), Denis Kozhukhin et Anna Caterina Antonacci (direction Tiberiu Soare). Une invitation de prestige aux côtés de formations telles le Berliner Philharmoniker, le London Symphony Orchestra, la Camerata Salzbourg, la Staatskapelle de Dresde, l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam, etc. " Le plus gros festival de musique classique d'Europe avec 300 concerts en trois semaines, se réjouit Daniel Weissmann. Tous les grands orchestres du monde s'y retrouvent et nous sommes le premier orchestre belge à y être convié. Une invitation que l'on doit à notre travail d'investissement en termes d'image. " Autre rendez-vous prestigieux à venir : le Festival Rostropovitch de Moscou où l'orchestre liégeois est convié en mars 2020, sous la direction de John Neschling, avec le pianiste Nelson Goerner. Ambassadeur culturel de choix, l'OPRL s'avère un allié de prestige pour les entreprises. La tournée fut d'ailleurs l'occasion, pour Wallonie-Bruxelles International (WBI) et pour l'Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers (Awex), d'organiser une mission économique et acadé- mique au Japon. " J'ai été voir Pascale Delcomminette ( CEO de l'Awex et directrice de WBI, Ndlr) qui était partante pour l'idée du package commun, d'autant plus que le Japon est une destination intéressante pour les entreprises, explique Daniel Weissmann. Pour celles-ci, notre tournée est l'occasion d'avoir un ambassadeur de qualité et d'inviter leurs clients à l'un de nos concerts. " Une présence qui leur offre une plus-value en termes d'image. Pour l'orchestre, ces moments peuvent favoriser le mécénat culturel et les rencontres avec les entreprises de la Fédération Wallonie-Bruxelles. " Pour nous, c'est l'occasion de nouer une relation avec l'entreprise qui est nouvelle, affirme le directeur. L'OPRL n'est pas seulement un acteur culturel, c'est aussi un acteur économique. " Au même titre que la discographie (depuis 2010, l'OPRL a enregistré 29 disques pour 13 labels différents) ou la présence numérique (captations réalisées par la RTBF et des radios étrangères, chaîne YouTube OPRL live !, production audiovisuelles maison, etc.), les tournées s'inscrivent comme une forme d'investissement qui n'a pas de rentabilité immédiate, mais qui s'avère nécessaire pour la pérennité de l'orchestre. Pérennité... Un mot qui revient souvent dans la bouche de Daniel Weissmann et reflète l'inquiétude générale du secteur. " Depuis une vingtaine d'années, nous, directeurs de formations musicales, sommes très préoccupés par notre avenir. Nous adoptons une vraie démarche de chef d'entreprise. Nous réalisons des études de marketing sur notre travail et sur nos territoires d'influence. " Dans le même bateau, donc... Car les subsides publics baissent depuis des années. Une baisse compensée en partie par le tax shelter, étendu aux arts de la scène depuis 2017 et qui ne doit pas être dissocié des subsides qui couvrent les salaires et les dépenses de service public des orchestres (projets pédagogiques, politique tarifaire démocratique). De l'aveu, de Daniel Weissmann, l'OPRL serait l'un des plus gros mangeurs de tax shelter de Wallonie. " Ce système a été une des solutions pour redonner un peu de dynamisme à nos budgets de production, en nous permettant de développer des partenariats avec le privé. " Aujourd'hui, plus de 40 entreprises sont des partenaires réguliers de l'orchestre à divers titres. Les moyens garantis chaque année par ce Club Partenaires sont indispensables pour la production et la coproduction de l'orchestre. D'où l'opportunité de coupler une tournée internationale avec une mission de l'Awex. " C'est amusant, conclut Daniel Weissmann. J'ai rencontré un de nos voisins ici au Japon, un CEO dont l'entreprise est située rue Forgeur à Liège, à 200 mètres de l'OPRL. On ne s'était jamais rencontré avant. Il y aura certainement une possibilité de faire quelque chose ensemble... "