Le salaire d'Alexander De Croo a fait l'objet d'un intérêt particulier des médias. Les lecteurs de ces articles ont appris qu'il se situait à la dixième place des chefs de gouvernement les mieux payés du monde. Mieux encore: dans le top 3 de ceux de l'Union européenne! Les commentaires n'ont évidemment pas tardé à fuser, genre "nos hommes politiques sont trop bien payés". Avec, en creux, une question: comment le Premier ministre de la petite Belgique peut-il gagner plus qu'Emmanuel Macron, le président d'un pays de plus de 60 millions d'habitants?
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Le salaire d'Alexander De Croo a fait l'objet d'un intérêt particulier des médias. Les lecteurs de ces articles ont appris qu'il se situait à la dixième place des chefs de gouvernement les mieux payés du monde. Mieux encore: dans le top 3 de ceux de l'Union européenne! Les commentaires n'ont évidemment pas tardé à fuser, genre "nos hommes politiques sont trop bien payés". Avec, en creux, une question: comment le Premier ministre de la petite Belgique peut-il gagner plus qu'Emmanuel Macron, le président d'un pays de plus de 60 millions d'habitants? Ce genre d'articles peut démolir encore plus l'image de nos politiques qui, franchement, n'en ont pas besoin avec cette campagne de vaccination ratée. Mais comme toujours, cela dépend de la manière de présenter une information. Certes, dans le cas d'Alexander De Croo, son salaire d'environ 220.000 euros est un beau revenu si on le compare à la moyenne du pays. On notera toutefois qu'il partage le même niveau de rémunération que ses sept vice-Premiers ministres (PS, MR, CD&V, SP.A, Ecolo et Groen). Ce n'est d'ailleurs pas la seule nuance à apporter. Alexander De Croo est aussi ingénieur commercial de formation et il a travaillé pour le cabinet de consultance américain Boston Consulting Group pendant des années. En clair, s'il avait voulu gagner de l'argent, il y serait resté et aurait touché entre trois et quatre fois son salaire actuel. La troisième nuance est encore plus simple, même si elle ne flatte pas l'ego national: un Premier ministre belge n'a pas l'aura d'un président français. En clair, lorsque Macron ne fera plus de politique, il sera très bien rémunéré pour prendre la parole ici ou là et il encaissera avec un seul speech ce que gagne notre Premier ministre sur un an. Autrement dit, en dépit des apparences, certains articles rédigés à la va-vite comparent des pommes avec des poires. Souvenez-vous, nous avons déjà eu la même polémique il y a quelques années, lorsqu'on avait appris que le gouverneur de la Banque nationale de Belgique gagnait plus que le président de la Réserve fédérale américaine. Là encore, la machine à comparaison avait immédiatement tourné à fond. Mais en commettant la même erreur. Oui, Ben Bernanke, l'ancien président de la Fed, avait un salaire moins élevé que son homologue belge. Oui, sauf que celui-ci, lorsqu'il est à la pension, n'est que rarement sollicité pour prendre la parole alors que Ben Bernanke a pu facturer chacun de ses speechs plusieurs centaines de milliers de dollars, sans compter les sociétés qui l'ont fait entrer comme conseiller contre plusieurs millions de dollars par an! Voilà pourquoi ces politiques ou hauts fonctionnaires étrangers acceptent des salaires relativement faibles: ils savent qu'ensuite, c'est le pactole assuré. Or, en Belgique, ce genre de carrière est quasiment impossible. Qui a déjà payé un ancien Premier ministre ou un ancien gouverneur de la BNB pour prendre la parole dans tel ou tel cercle ou association? Pire, ce genre d'articles mélange tout et son contraire. La preuve? Le citoyen en mal d'infos croustillantes y apprend que notre roi Philippe a un salaire de 12 millions d'euros. Sauf que ce n'est pas un salaire, mais une liste civile. Bref, un montant qui ne va pas dans la poche royale mais sert notamment à payer les réceptions officielles et les très nombreux employés qui travaillent pour la Maison royale. Ne pas se donner la peine d'expliquer ces différences, c'est faire preuve de paresse intellectuelle. Avec une seule conséquence: faire en sorte que lorsque les citoyens les plus motivés seront dégoûtés de faire de la politique, il n'y aura plus que les dégoûtants pour se présenter.