Il y a 25 ans, le Rwanda devenait le foyer de l'horreur. Quelque 800.000 personnes, majoritairement des Tutsis, étaient exterminées par les milices hutus dans ce petit pays d'Afrique centrale. A posteriori, impossible de ne pas y voir le résultat d'une lente dynamique discriminatoire courant sur plusieurs décennies, fruit d'une poli...

Il y a 25 ans, le Rwanda devenait le foyer de l'horreur. Quelque 800.000 personnes, majoritairement des Tutsis, étaient exterminées par les milices hutus dans ce petit pays d'Afrique centrale. A posteriori, impossible de ne pas y voir le résultat d'une lente dynamique discriminatoire courant sur plusieurs décennies, fruit d'une politique coloniale déstabilisatrice de l'ordre social ancestral. L'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana n'est qu'une étincelle déclenchant l'incendie d'un matériau hautement inflammable. C'est là tout le mérite du second roman du Belge Martin Buysse ( La logique du sang) : nous rappeler un contexte s'étendant au-delà des journées d'avril 1994. L'auteur remonte aux débuts de la guerre civile du début des années 1990 et de l'action du FPR depuis l'Ouganda. Son obsession : coller au réalisme et à la reconstitution des faits. Il le fait toutefois sous un angle original, en prenant le point de vue de François, jeune informaticien belge, un " muzungu ", terme bantou pour désigner l'Européen. Porté par des amitiés fortes avec des Rwandais exilés à Bruxelles, le jeune homme débarque à Kigali alors que se prépare le génocide. Sans le savoir, il collaborera à la propagande anti-tutsie pour des médias porteurs de haine, de quoi détruire ses idéaux. Lourd de cette culpabilité, le récit de Martin Buysse est porté par une incandescence sincère, mais souffre un peu de l'aveuglement de son narrateur. Muzungu touche cependant un point sensible de ces tragédies : la difficulté de développer son esprit critique lorsque les événements nous emportent.