En 2022, la campagne électorale battra son plein au Brésil. Plus de 30 partis politiques chercheront l'avantage dans plus de 1.000 courses aux législatives et à l'exécutif pendant des mois, ponctués de sondages d'opinion scrutés à la loupe jusqu'aux élections en octobre. Le gouvernement essayera d'augmenter les dépenses sociales pour rallier des votes en faveur du président populiste d'extrême droite, Jair Bolsonaro, en mauvaise posture. Cela risque de ne pas suffire.
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En 2022, la campagne électorale battra son plein au Brésil. Plus de 30 partis politiques chercheront l'avantage dans plus de 1.000 courses aux législatives et à l'exécutif pendant des mois, ponctués de sondages d'opinion scrutés à la loupe jusqu'aux élections en octobre. Le gouvernement essayera d'augmenter les dépenses sociales pour rallier des votes en faveur du président populiste d'extrême droite, Jair Bolsonaro, en mauvaise posture. Cela risque de ne pas suffire. En effet, fin 2021, la cote de popularité de M. Bolsonaro a chuté sous les 30% et les perspectives économiques du Brésil sont de plus en plus sombres. Si le PIB a augmenté de 1,2% au premier trimestre, il a reculé de 0,1% au deuxième. La pire vague de Covid-19 qu'a connue le pays a entraîné de nouveaux confinements, des pénuries d'oxygène et, à un certain moment, plus de 3.000 décès par jour. Les réformes et les privatisations passeront au second plan des élections. Les investisseurs qui se sont mobilisés autour de Paulo Guedes, le ministre de l'Economie, pourraient perdre confiance en sa capacité à respecter son programme favorable aux entreprises. Fin 2021, le Congrès était certes sur le point d'adopter une réforme fiscale édulcorée, mais ses réformes plus importantes du secteur public semblaient condamnées. En pleine sécheresse, et avec une dette publique atteignant pratiquement 100% du PIB, les marchés seront moins indulgents qu'en 2021. En effet, l'inflation en glissement annuel et le taux directeur, qui s'établissaient respectivement à 10,74% et à 9,25% en novembre, risquent de poursuivre leur envolée. Environ 13% des Brésiliens sont au chômage. La plupart des personnes sans emploi le resteront en 2022, les perspectives de croissance du PIB s'établissant à moins de 1%. Beaucoup tiendront M. Bolsonaro pour responsable de leur situation précaire, ce qu'ils ont commencé à faire début 2021 lorsque les mesures de relance ont été supprimées. Ce mécontentement s'est renforcé après qu'une enquête du Sénat a révélé que le président avait écarté six offres de vaccins contre le Covid-19 de Pfizer et aurait fermé les yeux sur la corruption au moment de la négociation des contrats (il nie toute malversation). Les manifestants antigouvernement sont descendus dans les rues pour la première fois depuis le début de la pandémie et n'hésiteront pas à le refaire en 2022. La pile de pétitions de destitution à l'encontre de M. Bolsonaro, plus d'une centaine à ce jour, ne cessera de croître. Les procédures de destitution à son encontre ont toutefois peu de chance d'aboutir. En effet, le président de la chambre basse du Congrès, responsable de l'ouverture de la procédure, est un allié. Les sondages fin 2021 laissent penser que si l'élection s'était tenue à ce moment-là, le principal opposant de M. Bolsonaro, l'ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, aurait remporté le scrutin. Mais Lula, dont le Parti travailliste de gauche a connu un gros scandale de corruption et une récession paralysante, est tout aussi impopulaire. Ainsi, un quart des Brésiliens ne souhaitent voter pour aucun de ces deux candidats. Les partis centristes tenteront de proposer des alternatives moins clivantes, comme João Doria, le gouverneur de São Paulo ; Luiz Henrique Mandetta, un ancien ministre de la Santé ; ou Ciro Gomes, un ancien gouverneur qui est arrivé troisième en 2018. Mais la plupart des analystes prévoient que les centristes diviseront le vote, comme ce fut le cas en 2018, et ouvriront la voie à un deuxième tour entre Lula et le président. La campagne sera tendue. M. Bolsonaro a déjà préparé le terrain en affirmant qu'il pourrait contester le résultat. "Seul Dieu me fera partir", a-t-il annoncé lors d'un meeting en septembre dernier. Ses partisans ont réclamé que des reçus papier soient ajoutés au système de vote électronique du Brésil, que M. Bolsonaro accuse d'être frauduleux mais sans aucun élément de preuve. Ils ont également demandé qu'une "intervention militaire" ferme la Cour suprême, qui a autorisé des enquêtes à l'encontre de M. Bolsonaro et de sa famille. Les manifestations progouvernementales se poursuivront en 2022. Elles représentent l'une des dernières armes du président, avec ses efforts pour reconquérir des électeurs en étendant Bolsa Família, un programme de transfert de liquidités pour les populations les plus pauvres. S'il perd les élections, il pourrait essayer de s'accrocher au pouvoir. La robustesse des institutions brésiliennes sera alors mise à rude épreuve. Le 7 septembre 2022, le Brésil célébrera le 200e anniversaire de son indépendance. Le Congrès se prononcera sur une extension possible des quotas raciaux dans les universités et la Cour suprême pourrait rendre une décision qui aura des conséquences sur les terres où vivent les peuples indigènes. Mais l'avenir du Brésil repose principalement sur le résultat des élections. Si la plupart des Brésiliens voteront en pensant à leur épargne, le destin de la démocratie dans leur pays dépend désormais du départ de M. Bolsonaro.