Depuis la chute des Duvalier et l'exil de Jean-Bertrand Aristide, Haïti n'en finit plus de se débattre avec l'extrême précarité de ses habitants, la corruption de ses hommes politiques et l'absence d'infrastructures. La ville de Jérémie est ainsi complètement isolée. Aucune route praticable ne la relie à la capitale Port-au-Prince. Surnommée " La Cité des poètes ", elle sert de décor au nouveau roman de Mischa Berlinski, Dieu ne tue personne en Haïti. Comme pour Le Crime de Martiya Van der Leun, l'auteur américain s'inspire de sa propre expérience d'expatrié. De 2007 à 2011, il suit son épouse qui travaille pour la mission de maintien de la paix des Nations unies sur cette île. La renaissance démocratique de la " première république noire libre du monde ", s'y vit sous perfusion internationale, entre o...

Depuis la chute des Duvalier et l'exil de Jean-Bertrand Aristide, Haïti n'en finit plus de se débattre avec l'extrême précarité de ses habitants, la corruption de ses hommes politiques et l'absence d'infrastructures. La ville de Jérémie est ainsi complètement isolée. Aucune route praticable ne la relie à la capitale Port-au-Prince. Surnommée " La Cité des poètes ", elle sert de décor au nouveau roman de Mischa Berlinski, Dieu ne tue personne en Haïti. Comme pour Le Crime de Martiya Van der Leun, l'auteur américain s'inspire de sa propre expérience d'expatrié. De 2007 à 2011, il suit son épouse qui travaille pour la mission de maintien de la paix des Nations unies sur cette île. La renaissance démocratique de la " première république noire libre du monde ", s'y vit sous perfusion internationale, entre ouragans et séismes destructeurs. Ancien shérif de Floride, Terry White a atterri à Haïti pour une mission de coopération policière après un échec politique cuisant. Kay, sa pétillante femme détient sans doute la clé de sa présence dans d'aussi hostiles Caraïbes. Agente immobilière ruinée par la crise de 2008, elle avoue sans complexe les "écarts" de Terry. " S'ils sont à Haïti, c'est parce qu'ils ont tous les deux la possibilité de retrouver un sens à leur vie, explique Mischa Berlinski. J'avais commencé avec Terry comme narrateur mais il n'a pas l'intelligence du pays. J'ai pensé à raconter ensuite cette histoire à la troisième personne. Mais j'ai finalement choisi de revenir à la première personne, avec la voix d'un personnage qui garde pour lui sa raison d'être à Jérémie. " Un confident discret et spectateur attentif d'une comédie humaine qui risque à tout moment de basculer dans le tragique. Aux côtés des Américains, Johel Célestin, jeune juge honnête et ambitieux, va vouloir défier le sénateur local Maxime Bayard. Si Terry White s'avère le " stéréotype du policier sudiste ", ce dernier remplit la case de l'élu bienveillant aux méthodes moins avouables. Nadia, l'épouse du petit magistrat, joue quant à elle le rôle de la femme disputée dans un choc entre richesse et pauvreté, local et étranger. Autant de volcans qui sont proches de l'éruption, de failles sismiques prêtes à trembler. S'il se défend d'être pleinement le narrateur de son roman, Mischa Berlinski a été certainement l'observateur privilégié de la communauté de personnages qu'il compose dans une peinture de caractères bien sentie. Journaliste à l'époque, cet excellent conteur place ses pions et les laisse jouer. " Le roman va où il veut. " Reprenant le proverbe haïtien " Dieu ne tue personne en Haïti ", il confirme que la mort naturelle n'existe pas au pays du vaudou, où le surnaturel explique la souffrance. Son effet reste dévastateur, surtout pour les moins nantis. " Seuls les riches et les chanceux peuvent se permettre de vivre sans histoires, car sans histoires, comme le sait n'importe quel paysan haïtien, la vie n'est rien d'autre que la somme des choses qui vous arrivent, et vous êtes juste quelque chose qui arrive dans la vie des autres. " On sent Mischa Berlinski pessimiste sur le rôle des humanitaires. Un bien pour un mal ? L'auteur botte en touche : " Je laisse ça à des experts bien plus qualifiés que moi ", nous répond-il. Un regard cynique sur les Américains à l'étranger alors ? " J'ai 45 ans et j'ai vécu 20 ans en dehors de mon pays. Je trouve les Etats-Unis aussi étranges qu'Haïti, surtout depuis la dernière élection présidentielle. J'essaie de comprendre depuis Manhattan, où j'habite maintenant, mais ce ne sont pas les Etats-Unis. " Il reste donc prudent, chèvrechoutiste, tel un gardien de la paix ( Peacekeeping est d'ailleurs le titre original du roman). La gestion des conflits, qu'ils soient intimes ou politiques, est une tâche ardue, aussi bien dans les romans que dans la réalité. Un enfer aux couleurs du paradis.