L'annonce a fait l'effet d'une bombe et n'a pas dû ravir le président Emmanuel Macron en visite officielle en Belgique. Carlos Ghosn, le patron emblématique de l'alliance Renault- Nissan, a été mis en examen au Japon ce lundi 19 novembre. La justice japonaise lui reproche d'avoir sous-estimé de 40 millions d'euros ses revenus imposables pour les années 2011-2016. Et tant qu'à faire, elle l'a aussi accusé d'autres malversations (abus de biens sociaux).
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L'annonce a fait l'effet d'une bombe et n'a pas dû ravir le président Emmanuel Macron en visite officielle en Belgique. Carlos Ghosn, le patron emblématique de l'alliance Renault- Nissan, a été mis en examen au Japon ce lundi 19 novembre. La justice japonaise lui reproche d'avoir sous-estimé de 40 millions d'euros ses revenus imposables pour les années 2011-2016. Et tant qu'à faire, elle l'a aussi accusé d'autres malversations (abus de biens sociaux). L'accusation, si elle se vérifie, pourrait avoir aussi des répercussions sur le plan pénal en France et sans doute aussi au Japon. Le cours de l'action Renault a immédiatement chuté de plus de 8 % le jour de l'annonce. L'action du constructeur au losange n'était déjà pas au mieux de sa forme (ralentissement des ventes en Chine) et ce coup de bambou a réduit la capitalisation boursière de Renault à seulement 17 milliards d'euros en Bourse de Paris. En clair, au moment d'écrire ces lignes, la valeur de Renault en Bourse est inférieure à celle de Peugeot, alors que Peugeot est nettement plus petit ! Le scandale a été dévoilé par Hiroto Saikawa, le directeur général de Nissan. Etonnant ? Oui, si l'on sait que Carlos Ghosn le considérait comme un proche. Au point d'avoir dit : " Ce qu'il pense, je le pense, et ce qu'il fait, je le fais ". Non, si l'on relit l'histoire de l'Antiquité romaine. Carlos Ghosn féru d'histoire aurait dû se souvenir que les imperators doivent toujours se méfier des Brutus. Aujourd'hui, le PDG de Renault a donc trouvé son Brutus : Hiroto Saikawa. Et cet adjoint qu'il doit déjà qualifier d'ingrat a réussi à le coincer sur ses deux points faibles : le goût de l'argent et le goût du pouvoir. L'argent ? Carlos Ghosn en avait beaucoup. Il était l'un des patrons les mieux payés au monde, avec un salaire de 7 millions d'euros pour diriger Renault et un autre de 8,8 millions d'euros pour diriger Nissan. Mais visiblement, ce n'était pas assez. Le pouvoir ? Carlos Ghosn l'a conquis de dure lutte lorsqu'il a redressé Nissan qui était au bord de la faillite. L'exploit lui a valu un statut de star nationale au Japon. Consécration suprême, le polytechnicien franco-libanais est même devenu un personnage de manga ! Mais comme une vulgaire statuette, le voilà renversé, déchu de son poste et humilié en public par son principal adjoint japonais. Même s'il ne l'a pas exprimé durant son périple en Belgique, Emmanuel Macron n'était pas heureux de cette sortie d'un PDG tricolore par la petite porte. Non pas qu'il aimait Ghosn (ils ont même ferraillé sur le montant de son salaire), mais parce que l'Etat français détient encore 15 % du capital de Renault. Et le souci, c'est que même si Renault est dans le capital du japonais Nissan, les Japonais revendiquent une meilleure répartition des rôles. Motif ? Ils voient les chiffres : Nissan est deux fois plus gros que Renault. Ils veulent donc rééquilibrer l'alliance à leur profit. Raison pour laquelle, après s'être rabibochés sur le tard, le président de la République avait demandé à Carlos Ghosn d'étudier une solution juridique qui rendrait l'alliance Renault-Nissan irréversible. Privé de son interlocuteur, l'Elysée devra bien trouver une solution pour s'en assurer. Mais avec qui ? En attendant, ce nouveau scandale assombrit encore plus l'image d'une industrie qui souffre encore du dieselgate. Les seuls, sans doute, à se réjouir du départ forcé de Carlos Ghosn, sont les ouvriers licenciés de Renault Vilvorde. N'ont-ils pas découvert que Carlos Ghosn était à l'origine de la décision de la fermeture de cette usine en Belgique ? Si les accusations se vérifient, le fameux cost killer aura donc été tué par son... hybris (" démesure " en grec ancien). L'hybris (ou hubris) est le serial killer le plus dangereux pour les CEO de sociétés cotées. Parlez-en à Sir Martin Sorrell de WPP, à Jean-Paul Votron de Fortis ou peut-être demain à Koen Van Gerven de bpost.