C'est une histoire d'aujourd'hui, une rencontre contemporaine, forcée par les réseaux sociaux. Une jeune journaliste, chroniqueuse radio en vogue, se fait interpeller par un homme sur Facebook. " Il s'appelait Denis, il était enchanté. " Les débuts sont courtois, civilisés. Les échanges, d'abord badins, se succèdent à fréquence soutenue. Elle pose toutefois les limites devant un ton plus entreprenant. Peu à peu, ce ton change, l'insistance laisse place à une étouffante prise au piège. Une descente aux enfers par messages interposés, la situation échappe à toute raison. La narratrice découvre que, sur le Web, son interlocuteur et sa cour se posent en pourfendeurs d'une certaine bien-pensance qu'incarnerait celle qu'il a abordée " en tout bien tout honneur ". Un bashing malsain. Fortement inspirée de son propre vécu, Myriam Leroy signe avec ce deuxième roman (après Ariane) une description assez juste de l'agression et du harcèlement à l'ère du numérique, usant d'un jeu d'écriture propre à la communication virtuelle, émojis et lol compris. La tension, de plus en plus étouffante, se construit à travers un dialogue rapporté maintenant à distance les échanges, mais en révélant davantage leur violence. Abandonnée par ses plus proches amis et son compagnon, la voilà ici sacrifiée sur l'autel du " tu l'aurais pas un peu cherché ". Encore plus terrifiant, Les yeux rouges nous renvoie en pleine face cette solitude des victimes de trolls malfaisants.

Myriam Leroy, " Les yeux rouges", éditions du Seuil, 192 pages, 17 euros.