La semaine dernière, la Banque centrale européenne (BCE) a levé un coin du voile sur un des sujets monétaires les plus importants du moment : jusqu'à quand allait-elle aider l'économie en rachetant à tour de bras (60 milliards par mois) des obligations d'Etat et d'entreprise ?
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La semaine dernière, la Banque centrale européenne (BCE) a levé un coin du voile sur un des sujets monétaires les plus importants du moment : jusqu'à quand allait-elle aider l'économie en rachetant à tour de bras (60 milliards par mois) des obligations d'Etat et d'entreprise ? Cette opération, baptisée quantitative easing, a pour objet de faire baisser les taux d'intérêt à long terme afin de soutenir les investissements, et donc d'aider l'économie. Et en effet, les taux sont à des niveaux plancher, voire souterrains. Chez nous par exemple, les taux des emprunts d'Etat qui servent de références pour les autres taux sont encore négatifs jusqu'à cinq ans. Mais l'économie allant mieux et les effets collatéraux négatifs de cette politique se faisant de plus en plus sentir, on croyait que la BCE allait normaliser sa politique et annoncer jeudi dernier quand et comment elle allait arrêter son " robinet à liquidités ". On est resté sur sa faim. Mario Draghi a en effet annoncé que l'institution restait très prudente et qu'elle réduisait seulement son stimulus de moitié : les achats passeront de 60 à 30 milliards par mois à partir de janvier prochain. En outre, ce stimulus sera prolongé " au moins " jusqu'en septembre 2018 mais pourrait être augmenté en durée ou en quantité si la conjoncture se dégradait à nouveau. Visiblement, malgré la volonté allemande qui pousse à une normalisation rapide afin de ne plus pénaliser les épargnants, la BCE désire procéder avec des pincettes. Elle craint, en arrêtant trop brutalement ses aides, de propulser l'euro à des sommets (ce qui handicaperait les exportations et in fine la reprise) et de raviver trop fort les taux longs (ce qui poserait des problèmes, entre autres, aux trésors publics fort endettés). Les taux devraient donc rester bas encore longtemps. PIERRE-HENRI THOMAS