Les lecteurs de Trends-Tendances savent que nous aimons penser autrement que les autres. Pas pour le plaisir de nous distinguer - ce serait stupide et prétentieux - mais parce que bien souvent la pensée majoritaire n'est pas nécessairement la bonne. Du moins, elle ne reflète pas à elle seule la réalité. C'est le cas avec la prise de pouvoir des talibans à Kaboul. Officiellement, c'est un fiasco des Etats-Unis. Résumable en trois points: 20 ans de perdus, 1.000 milliards de dollars évaporés et 3.000 soldats américains morts en vain.
...

Les lecteurs de Trends-Tendances savent que nous aimons penser autrement que les autres. Pas pour le plaisir de nous distinguer - ce serait stupide et prétentieux - mais parce que bien souvent la pensée majoritaire n'est pas nécessairement la bonne. Du moins, elle ne reflète pas à elle seule la réalité. C'est le cas avec la prise de pouvoir des talibans à Kaboul. Officiellement, c'est un fiasco des Etats-Unis. Résumable en trois points: 20 ans de perdus, 1.000 milliards de dollars évaporés et 3.000 soldats américains morts en vain. Il est vrai que cet échec est indiscutable mais, comme le faisaient remarquer mes confrères de l'agence d'informations financières Bloomberg, nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle pour les talibans. La bonne nouvelle pour eux, c'est qu'ils ont finalement le pouvoir en Afghanistan. La mauvaise nouvelle, c'est qu'ils ont le pouvoir en Afghanistan. Au-delà de la formule, ce que Bloomberg veut exprimer, c'est que ce pays est assez riche en minerais pour attirer le regard de la Chine. Mais après des décennies de guerre civile, le pays est en lambeaux et il faudra des dizaines de milliards de dollars pour le reconstruire. Seul hic: les talibans découvrent à présent que personne ne veut les aider. Or, sans l'aide internationale, ils vont diriger du vent. La Banque mondiale reconnaît elle-même que les trois quarts du budget gouvernemental afghan sont financés par des donneurs internationaux aujourd'hui aux abonnés absents. Les Etats-Unis ont certes quitté ce pays de manière déshonorante mais ce sont eux qui dirigent le FMI. Et justement, le FMI vient de refuser de verser 500 millions de dollars à l'Afghanistan comme c'était prévu dans le calendrier. Pire encore, les talibans aimeraient bien mettre la main sur les réserves monétaires de leur pays mais celles-ci sont bien au chaud aux Etats-Unis. Elles ont été gelées par l'administration de Joe Biden en attendant d'y voir plus clair. Il s'agit tout de même de 9,5 milliards de dollars. Et pour ajouter au désarroi des talibans, toutes les têtes pensantes, tous ces Afghans éduqués, diplômés de l'étranger, ont quitté le pays. C'est, par exemple, le cas du gouverneur de la banque centrale d'Afghanistan que les talibans ont cherché en vain, vu qu'il a quitté aussi le pays au tout dernier moment lorsqu'il a compris que rien de bon ne l'attendait sur place. Le résultat? Les talibans n'ont plus personne de compétent pour gérer leur pays. Par ailleurs, aucune institution bancaire internationale ne veut être critiquée en raison de l'attitude des talibans envers les femmes. Du coup, ils n'ont plus accès au marché du dollar car toutes les formes de financement passent à un moment ou un autre par le roi dollar. Et comme l'écrit l'agence Bloomberg, les talibans n'ont qu'à demander à leurs voisins iraniens comment on fait pour vivre - ou survivre - lorsqu'on est banni de l'accès au dollar. J'entends déjà la réponse sous forme d'un immense soupir depuis Téhéran jusqu'à Bruxelles. Les lecteurs avisés diront que la Chine est une amie de l'Afghanistan et qu'elle l'aidera. Pas certain: la Chine n'a pas d'amis, elle n'a que des intérêts. Même si elle heureuse de la débâcle américaine, la Chine va réfléchir à deux fois avant d'investir des montants colossaux en Afghanistan. Motif? La Chine a déjà perdu beaucoup d'argent chez le voisin pakistanais et au Venezuela. Bref, les fonds perdus, la Chine sait ce que c'est. Au final, les talibans devront donc reparler avec ces mécréants d'Américains. Parce que se débarrasser d'une armée, c'est une chose, se débarrasser du roi dollar, c'est une autre paire de manches!