La lenteur de la confection du plan de relance wallon a au moins un avantage: elle allonge les délais dans lesquels les acteurs de la société civile peuvent tenter d'infléchir les mesures. "Nous voyons des fiches de ce plan de relance qui semblent répondre à nos demandes, mais elles ne sont pas encore très détaillées, confie le CEO de l'Union wallonne des entreprises, Olivier de Wasseige. Alors, nous anticipons sans attendre la prochaine version de ce plan."
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La lenteur de la confection du plan de relance wallon a au moins un avantage: elle allonge les délais dans lesquels les acteurs de la société civile peuvent tenter d'infléchir les mesures. "Nous voyons des fiches de ce plan de relance qui semblent répondre à nos demandes, mais elles ne sont pas encore très détaillées, confie le CEO de l'Union wallonne des entreprises, Olivier de Wasseige. Alors, nous anticipons sans attendre la prochaine version de ce plan." L'une des craintes de l'UWE, c'est que les espoirs de relance soient dépassés par une explosion des faillites à mesure que les aides, moratoires et autre facilités de paiement imaginées pour aider les entreprises à traverser la crise, seront levées. Selon les projections évoquées dans le "rapport économique 2021" de l'organisation patronale, 22% des entreprises wallonnes seraient face à d'énormes problèmes de liquidités, alors qu'elles affichaient une situation financière saine avant la crise. Il s'agit surtout de très petites entreprises mais les grandes structures sont également concernées, notamment dans l'aéronautique, l'intérim, les titres-services et les maisons de repos. Leurs besoins cumulés de liquidités s'élèveraient à 5,8 milliards d'euros et plus de 90.000 emplois sont en jeu. Que propose l'UWE pour aider ces entreprises à se relever de la crise? Elle suggère pour commencer un meilleur ciblage des aides publiques. Celles-ci feraient l'objet d'un double screening. D'abord, celui de la viabilité, afin de concentrer les soutiens sur les entreprises affichant de vraies perspectives à moyen et long terme. Ensuite, celui du caractère stratégique, ce qui permettrait d'accorder des interventions spécifiques aux sociétés dont l'activité présente un intérêt structurant pour le tissu économique. C'est le cas par exemple des entreprises actives dans les cinq axes d'innovation de la stratégie de spécialisation intelligente (matériaux circulaires, santé, énergie, agroalimentaire, modes de production agiles). Au-delà, il est intéressant de constater que l'UWE ne cherche pas à réinventer la roue mais plutôt à tirer un meilleur parti de dispositions qui existent et ne bénéficient peut-être pas de tout l'écho qu'elles mériteraient. L'organisation patronale suggère de coaliser les (certes trop rares) fonds privés existants en Wallonie, afin de renforcer leur visibilité tant vis-à-vis des entreprises régionales que des fonds d'investissement internationaux. De même, elle veut doper la visibilité des plateformes de crowdfunding et de crowdlending dans l'espoir de mobiliser l'épargne citoyenne au profit des entreprises. "On peut envisager un mécanisme de 'labellisation', à l'image du label 'Relance' en France, afin d'orienter les flux financiers vers les projets d'utilité sociétale", ajoute Jean-Christophe Dehalu, économiste à l'UWE. Enfin, l'organisation patronale préconise un renforcement du système de garantie d'Etat sur les prêts bancaires aux entreprises, le lancement de prêts aux modalités innovantes (prêts convertibles ou rémunérés selon les profits de l'entreprise) et le recours au leasing pour une série de gros équipements. Ceux-ci seraient financés par les outils économiques régionaux et loués ensuite aux acteurs industriels. "Cela permettrait d'investir plus collectivement dans de gros outils, conclut Jean-Christophe Dehalu. Cela renforcerait l'investissement régional productif."