Déraciné, un arbre ne survit guère, même replanté ailleurs. Qu'en est-il des humains ? Line Papin, fille d'un couple franco-vietnamien, déménage de Hanoï à Paris alors qu'elle a 10 ans. Eloignée de la capitale asiatique, la jeune adolescente connaît alors une lourde dépression - une " guerre ", écrit-elle. Comme si la s...

Déraciné, un arbre ne survit guère, même replanté ailleurs. Qu'en est-il des humains ? Line Papin, fille d'un couple franco-vietnamien, déménage de Hanoï à Paris alors qu'elle a 10 ans. Eloignée de la capitale asiatique, la jeune adolescente connaît alors une lourde dépression - une " guerre ", écrit-elle. Comme si la sève de ses origines ne trouvait plus son chemin dans ses veines. Il lui faudra quelques années et un voyage au pays pour créer la greffe. " Il y a dans un nid des fractures d'enfance et des réponses. Ce nid vit, c'est une ville. " La jeune auteure de 24 ans repart alors du début et retrace trois générations de femmes. La sienne, bien sûr. Mais aussi celle de sa mère avec laquelle le lien affectif ne s'est pas vraiment constitué. Et de la grand-mère, Ba, avec laquelle Line Papin tissa, petite enfant, une relation fusionnelle. Dans son récit séquencé, la romancière renoue les fils de son existence, mettant à distance les années regrettées. Après l'ombre, vient la lumière, une aube aux couleurs toujours un peu mélancoliques. La narratrice se débarrasse de cette chair encombrante, à l'image des os des défunts que l'on conserve, selon la tradition, dans de petites boîtes. Comme s'il fallait une première étape, celle du délestage, pour atteindre la plénitude. Les Os des filles parle des liens familiaux et terriens dans un style qui se regarde parfois un peu trop, mais renoue sans cesse avec l'intime. Une certaine pudeur, comme une crainte de prendre la grande Histoire à bras-le-corps, laisse comme un goût de trop peu dans ce roman qui touchera cependant les déracinés.