C'est sans doute le seul résultat tangible de la réunion du dernier G7 à Biarritz. A l'initiative d'Emmanuel Faber, le PDG de Danone, 34 multinationales se sont engagées à débloquer des fonds pour lutter contre les inégalités. Un milliard d'euros, c'est pas mal, en effet. Et comme par hasard, ça tombait bien pour Emmanuel Macron, l'hôte du G7 : le thème central de cette réunion des sept plus grandes puissances économiques mondiales ne portait-il pas sur la lutte contre les inégalités ?

Même si c'est un thème plutôt tarte à la crème, les économistes les plus sérieux sont arrivés à la conclusion que la théorie du ruissellement ne fonctionnait pas. Vous savez, c'est cette théorie qui affirme qu'il ne faut pas hésiter à enrichir les plus favorisés car cela profitera aux moins nantis, et que l'argent versé au sommet de la pyramide sociale finit toujours par se déverser jusqu'à sa base.

Las, les statistiques le montrent, cette théorie du ruissellement ne marche pas. La preuve ? Alors que la crise de 2008 est supposée être derrière nous, Emmanuel Faber, le PDG de Danone a rappelé que 30% des ménages des pays de l'OCDE ont vu leurs revenus réels baisser depuis cette époque. En d'autres mots, la croissance enregistrée au cours des 10 dernières années n'a pas été inclusive. Beaucoup de personnes appartenant à la classe moyenne sont restées sur le bord de la route. L'autre constat affligeant, c'est que cette coalition de grandes multinationales se substitue en quelque sorte aux gouvernements.

Mais est-ce vraiment étonnant ? Le dernier G7 le démontre une fois de plus : l'inégalité, c'est bien d'en parler mais, bien souvent, les actions sont de l'ordre du symbole. A vrai dire, les politiques préfèrent parler du climat. Et Emmanuel Macron ne s'en est pas privé avec l'Amazonie et ses leçons données au président brésilien. Bien entendu, c'est une posture médiatique plus payante. L'avantage du climat pour les politiques, c'est que ces effets négatifs sont situés loin dans le temps alors que les inégalités sont devant nos portes. Sans compter que le coût de la lutte contre le climat est supporté par la classe moyenne, tandis que le coût de la lutte contre les inégalités est supporté par les plus riches.

Face aux inégalités, les plus lucides sont les grands patrons. Ils ont compris que c'était un danger pour le capitalisme.

Face aux inégalités, les plus lucides sont les grands patrons. Ils ont compris que c'était un danger pour le capitalisme. Jamie Dimon, le PDG de la banque américaine JP Morgan a été l'un des premiers à tirer la sonnette d'alarme. Non pas qu'il soit devenu socialiste, mais il a compris que si la croissance n'est pas inclusive, la population se retournera contre ses élites (politiques, patrons, médias). Autrement dit, des mouvements populistes plus radicaux risquent de prendre le pouvoir. En clair, c'est leur business qui sera en danger à ce moment-là. C'est donc aussi par intérêt que ces grands patrons veulent réduire les inégalités. Mais les grands absents de cette lutte (hormis quelques promesses électorales) sont les gouvernements. Motif ? Ils sont ligotés par leur endettement public. Et, hélas, aucune fée Clochette ne réglera le problème à leur place.

Ensuite, ce qui a frappé les observateurs, c'est que parmi les sept têtes d'affiche de ce dernier G7, figurent trois dirigeants en sursis politique. Angela Merkel pour l'Allemagne, Giuseppe Conte pour l'Italie et Justin Trudeau pour le Canada ont leur destin politique suspendu à un fil. Les investisseurs sont d'ailleurs conscients de ces faiblesses. Au fond, il n'y a qu'à regarder la Bourse, qui est un peu le miroir de nos angoisses. Et que voit-on ? Tout le monde ne parle plus que des taux d'intérêt négatifs et de la hausse de l'or. Mais justement, ce sont les marqueurs d'une panique silencieuse, comme l'écrit joliment le chroniqueur financier Bruno Bertez. Une panique silencieuse alimentée par la même force : la peur !