L'année qui s'annonce ne peut être qu'infiniment meilleure, pour les Etats-Unis, que l' annus horribilis qui vient de s'écouler. Le pays a été secoué par tant de scandales et de catastrophes que quand les électeurs se sont rendus aux urnes en novembre, le procès en destitution de Donald Trump, seulement 10 mois plus tôt, ne tenait plus guère que du souvenir anecdotique. Entre-temps, le Covid-19 avait fait 250.000 morts aux Etats-Unis et plus de 10 millions d'emplois avaient été détruits.
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L'année qui s'annonce ne peut être qu'infiniment meilleure, pour les Etats-Unis, que l' annus horribilis qui vient de s'écouler. Le pays a été secoué par tant de scandales et de catastrophes que quand les électeurs se sont rendus aux urnes en novembre, le procès en destitution de Donald Trump, seulement 10 mois plus tôt, ne tenait plus guère que du souvenir anecdotique. Entre-temps, le Covid-19 avait fait 250.000 morts aux Etats-Unis et plus de 10 millions d'emplois avaient été détruits. Les tensions raciales dénoncées lors des manifestations du mouvement Black Lives Matter, parmi les plus importantes de l'histoire américaine, avaient été encore exacerbées par les propos racistes d'un président en campagne. Et pour finir l'année, c'est le système démocratique lui-même qui s'est vu mis en doute par Donald Trump et son refus d'accepter les résultats de la présidentielle. Nombre de ces problèmes n'auront pas disparu en 2021. Tant que l'épidémie n'est pas maîtrisée, l'économie restera fragile, malgré l'entame de la campagne de vacci- nations. Et la défiance envers le processus électoral alimenté par Trump chez ses partisans est durablement installée. Mais le seul fait qu'il ait quitté la Maison-Blanche (devenant ainsi le quatrième président seulement, en un siècle, à ne pas effectuer un deuxième mandat) change les perspectives pour cette Amérique mal en point. Pour Donald Trump, le Covid-19 était un problème de communication qu'il fallait minimiser et les fractures raciales de l'Amérique, un filon politique à exploiter. Avec Joe Biden, les Etats-Unis auront un président qualifié, respectueux des compétences des autres et soucieux de rassembler les citoyens. Le nouveau président tiendra d'emblée à marquer la différence en prenant toute une série de décrets présidentiels. Il annulera le retrait américain de l'Organisation mondiale de la santé, rejoindra l'accord de Paris sur le climat et rétablira les mesures protectrices instaurées sous Obama en faveur des immigrés arrivés illégalement sur le territoire quand ils étaient enfants. Il abrogera l'interdiction d'entrée sur le territoire américain faite sous Trump à plusieurs pays à majorité musulmane. Joe Biden mettra fin, aussi, à la politique de séparation des enfants de migrants clandestins de leurs parents et lancera une mission chargée de retrouver les familles de 545 jeunes immigrés placés en rétention dont on a perdu la trace des parents. C'est sans attendre, là aussi, que son gouvernement entreprendra de reconstruire des institutions américaines malmenées par son prédécesseur. Il fera revenir des scientifiques au profil solide au sein de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), et rebâtira les remparts nécessaires pour garantir l'indépendance du ministère de la Justice. De son côté, le nouveau ministre des Affaires étrangères (Antony Blinken) aura beaucoup à faire pour remettre de l'ordre et restaurer la confiance au sein d'un corps diplomatique américain fortement mis à mal, mais aussi dans les alliances internationales des Etats-Unis. Ces initiatives seront d'autant plus cruciales que les démocrates n'ont pas réussi en novembre à s'emparer du Sénat. Et qu'ils ont peu de chances d'inverser cet échec en remportant, en Géorgie, les deux sièges qui seront attribués lors du second tour prévu début janvier. Aussi Joe Biden ne sera-t-il en mesure de faire adopter presque aucune de ses promesses de campagne, qu'il s'agisse d'économie, de santé, de protection de l'environnement ou de fiscalité. Le candidat démocrate s'était fixé pour grande priorité l'adoption d'un vaste plan de relance de 2.000 milliards de dollars, qui prévoyait des investissements dans l'économie verte et les infrastructures. Il devra limiter ses ambitions et aura bien du mal à faire accepter les mesures préconisées par le président républicain du Sénat, Mitch McConnell, un politicien chevronné. Car McConnell s'évertuera à contrer tout succès du gouvernement Biden et à rendre à son parti sa réputation de conservatisme budgétaire (un dogme à géométrie variable, manifestement valable uniquement dans l'opposition), avec les élections de mi-mandat, en 2022, en ligne de mire. Bloqué par le Capitole, Joe Biden devra signer des décrets plus ambitieux s'il entend faire avancer sa politique intérieure, comme l'avaient fait les gouvernements Obama sous sa vice-présidence. Il devrait ainsi imposer de nouvelles règles antipollution aux centrales électriques à charbon et à gaz. Mais reste encore à savoir si de telles mesures passeront les fourches caudines de la majorité conservatrice à la Cour suprême, de plus en plus orientée sur ces questions. Sur le terrain diplomatique, la présidence Biden sera marquée par un changement de ton spectaculaire mais, sur le fond, par une continuité qui risque d'en surprendre plus d'un. Joe Biden s'emploiera à rassurer les alliés traditionnels de Washington et à refaire de son pays un moteur des grands chantiers multilatéraux, qu'il s'agisse du climat, de l'attitude face à une Russie agressive ou du programme nucléaire iranien. Mais il maintiendra avec la Chine la politique de confrontation voulue par Trump et une partie de ses barrières douanières. Il ralentira le retrait américain d'Afghanistan mais ne l'interrompra pas. Et dans l'Amérique de Biden, qui continuera à se tourner de plus en plus vers l'Orient au détriment de l'Occident, les vieux alliés retrouveront plus souvent qu'à leur tour la même politique de donnant-donnant que sous Donald Trump. Enfin, la place de ce dernier dans la vie publique reste une des grandes inconnues de 2021. Chez les républicains, beaucoup redoutent que l'ancien président, dont l'ombre planera via Twitter et les chaînes de télévision au-dessus de leur parti vaincu, soit un obstacle à la réforme de leur parti. Des craintes très certainement fondées.