Kris Peeters, le ministre de l'Emploi, a demandé à l'Inspection sociale d'ouvrir une enquête sur les pratiques de la start-up de livraison de repas Deliveroo. En cause ? Sa décision d'apporter des modifications importantes quant au statut des coursiers qui travaillent pour elle. En mai 2016, Deliveroo avait conclu un accord avec la coopérative SMart. Le deal ? C'est avec cette agence que les coursiers signaient un " contrat de travail " en échange d'une rémunération à l'heure (9,49 euros brut par heure + bonus) avec un minimum de 3 heures par jour presté, d'une assurance (accide...

Kris Peeters, le ministre de l'Emploi, a demandé à l'Inspection sociale d'ouvrir une enquête sur les pratiques de la start-up de livraison de repas Deliveroo. En cause ? Sa décision d'apporter des modifications importantes quant au statut des coursiers qui travaillent pour elle. En mai 2016, Deliveroo avait conclu un accord avec la coopérative SMart. Le deal ? C'est avec cette agence que les coursiers signaient un " contrat de travail " en échange d'une rémunération à l'heure (9,49 euros brut par heure + bonus) avec un minimum de 3 heures par jour presté, d'une assurance (accident du travail + RC) et d'une intervention de 0,12 euro par heure pour l'utilisation du GSM et du forfait data. Ce partenariat, imparfait, mais qui constituait pour beaucoup une avancée sociale, avait aussi été signé avec la firme Take Eat Easy et avait produit ses effets au moment de la faillite de cette dernière : SMart avait payé aux 400 coursiers belges leur dernier salaire. Une situation inédite puisque dans les autres pays, les coursiers au service de la jeune pousse bruxelloise n'ont absolument rien récupéré. Mais la semaine passée, on a appris la rupture par Deliveroo de son contrat avec SMart en vue de ne plus payer les livreurs à l'heure mais à la course : 7,25 euros par course réalisée par un indépendant et 5 euros pour un étudiant (soit 80 % des livreurs). Une manière d'uniformiser les rémunérations au niveau européen mais un choix très critiqué, car de nombreux observateurs craignent une précarisation encore plus grande des coursiers. Dans un article publié sur Mediapart, CoopCycle, l'alternative coopérative à la livraison à vélo montée par des anciens livreurs, juge de son côté qu'en " se débarrassant de SMart, Deliveroo peut enfin décider unilatéralement des conditions de travail et de la rémunération ". Chez Deliveroo - qui a levé 385 millions de dollars en septembre -, on justifie ce choix par la demande de flexibilité des livreurs. " Nous avons lancé un nouvel outil, le Self Service Booking, permettant aux coursiers de se connecter à l'appli quand et pour le temps qu'ils veulent, détaille Mathieu de Lophem. Ils peuvent ne faire qu'une livraison et puis arrêter. Le contrat avec SMart imposait 3 heures de prestation, ce qui n'était pas compatible avec la flexibilité du nouveau système. " Reste l'incertitude financière : en théorie, sans commande, un coursier pourrait attendre, pour le compte de Deliveroo, sans même être rémunéré. Mais la plateforme assure qu'elle " a atteint un volume assez grand de commandes pour assurer aux coursiers assez de travail ". Et d'argumenter, dans un communiqué, que " les coursiers peuvent désormais livrer 2,2 commandes par heure. Donc, ils gagneraient jusqu'à 16 euros, ou 11 euros par heure selon qu'ils soient étudiants ou indépendants, contre la somme actuelle de 9,31 euros par heure ". Verdict dans les mois à venir sur le compte des coursiers ? Christophe Charlot