Quand Philippe Morin débarque à Bruxelles en 1796, il découvre les rues d'une ville de province, dont les ruines du Palais du Coudenberg, parti en flammes 60 ans plus tôt, parsèment encore les hauteurs royales. Sous domination française, la cité hésite entre la nostalgie du joug autrichien et l'effervescence libertaire venue de Paris. Notre homme vient, lui, pour retrouver sa mère biologique. Seul indice laissé par son défunt père adoptif : elle habite une maison de la rue Neuve, toujours visible aujourd'hui. Seules trois femmes habitant cette adresse peuvent être sa génitrice : Anastasie, épouse du médecin Durand, Barbe, cuisinière de la famille Deberghe ou Elisabeth, ancienne religieuse. Toutes ont été touchées par le " vent du boulet " (nom donné autrefois au choc post-traumatique) propre à leur condition de femme. Les ondes de choc sont ici sociales. Nathalie Stalmans fait de ces trois destins féminins les pierres angulaires de son récit, où l'Histoire constitue, davantage qu'une toile de fond, le véritable moteur d'une intrigue scientifiquement sans faille. On aurait d'ailleurs aimé que l'auteure, historienne, mâtine celle-ci d'un peu plus de piquant. Mais, aussi austère soit sa couverture, elle ne manque pas d'humour dans ce roman instructif. Et ne boudons pas un certain régal chauvin à (re)découvrir un épisode de l'histoire belge, si rare dans les rayons de nos librairies.

Nathalie Stalmans, " Le vent du boulet ", éditions Genèse, 256 pages, 22,50 euros.