Accusée d'avoir déclenchée la débâcle financière de 2008, la titrisation est de retour. Après de longs mois de discussions et de négociations, le Parlement européen a finalement adopté un cadre de nouvelles règles selon lesquelles les banques pourront titriser leurs crédits, c'est-à-dire " re-packager " des prêts (à la consommation, immobiliers, etc.) pour les revendre, et le risque qui y est associé, à d'autres investisseurs qui ne sont pas nécessairement des banques, avec au passage de juteuses commissions.
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Accusée d'avoir déclenchée la débâcle financière de 2008, la titrisation est de retour. Après de longs mois de discussions et de négociations, le Parlement européen a finalement adopté un cadre de nouvelles règles selon lesquelles les banques pourront titriser leurs crédits, c'est-à-dire " re-packager " des prêts (à la consommation, immobiliers, etc.) pour les revendre, et le risque qui y est associé, à d'autres investisseurs qui ne sont pas nécessairement des banques, avec au passage de juteuses commissions. L'objectif de Bruxelles est clair : relancer un marché moribond depuis des années pour donner de l'air aux institutions financières du Vieux Continent. Selon les estimations de la Commission, la mesure devrait permettre de faire de la place dans le bilan des banques sous forme de nouveaux prêts à hauteur de 150 milliards d'euros. Pour Etienne de Callataÿ, la mise en place de ce nouveau cadre européen pour la titrisation est en effet une mesure qui " va très certainement faire plaisir aux banques, car elles vont pouvoir se débarrasser de certains de leurs crédits et donc embellir leur bilan ", situe l'économiste en chef de la société de gestion d'actifs Orcadia, pour qui cette réhabilitation de la titrisation par les autorités européennes répond par ailleurs aux besoins de diversification du risque crédit des banques. Même si, ajoute-t-il, la santé du secteur bancaire est loin d'être mauvaise. " Malgré des taux d'intérêt très bas, les banques se portent plutôt bien en Europe, elles n'ont pas besoin de mesures qui visent à augmenter leur profitabilité. " Pour éviter les dérives du passé, le texte se veut donc prudent en n'acceptant plus que les titrisations " simples, transparentes et standardisées " (STS) et en obligeant les banques émettrices à en garder 5 %. Un seuil de rétention que le Parlement européen avait toutefois, dans un premier temps, voulu fixer à 20 %, avant de finalement l'abaisser à 5 %. Raison pour laquelle Finance Watch se montre sceptique quant aux objectifs poursuivis. " Il faut arrêter de dire que la relance de ce marché de la titrisation va contribuer au financement de l'économie européenne, lance Benoit Lallemand, secrétaire général de l'ONG. C'est clairement une demande des banques européennes pour améliorer leur compétitivité face à la concurrence des grandes banques d'investissement américaines, et rien d'autre. " Quoi qu'il en soit, ce seuil de rétention de 5 % " n'est en tout cas pas suffisant pour responsabiliser celui qui est à l'origine du crédit ", selon Etienne de Callataÿ. L'économiste note également, en guise de conclusion, que relancer la titrisation revient aussi à encourager ce que l'on appelle le " système bancaire de l'ombre ", le shadow banking, nettement moins réglementé et surveillé. Bref, 10 ans après la crise, rien de bien rassurant. SÉBASTIEN BURON