C'est un nouveau rituel. Chaque soir, à 20 heures, les Belges se postent à leur fenêtre pour applaudir et encourager le personnel soignant qui se retrouve en première ligne pour accueillir les patients touchés par l'épidémie. Cette action très populaire est une manifestation visible, certes symbolique, du mouvement de solidarité qui traverse actuellement notre pays.
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C'est un nouveau rituel. Chaque soir, à 20 heures, les Belges se postent à leur fenêtre pour applaudir et encourager le personnel soignant qui se retrouve en première ligne pour accueillir les patients touchés par l'épidémie. Cette action très populaire est une manifestation visible, certes symbolique, du mouvement de solidarité qui traverse actuellement notre pays. Les particuliers, les associations, les autorités publiques et les entreprises se mobilisent pour traverser cette épreuve. Dans le secteur économique, on ne compte plus les initiatives solidaires. Start-up, PME, grandes entreprises et multinationales déploient leur inventivité et mettent sur pied des projets d'entraide en quelques jours à peine. " Nous recevons énormément de messages d'entreprises qui fourmillent d'idées, explique Olivier de Wasseige, administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises (UWE). Aujourd'hui, ces sociétés veulent lancer une action mais elles ne trouvent pas toujours les relais pour la concrétiser. Nous avons décidé de centraliser les projets sur notre site internet afin de leur donner plus de visibilité et d'impact. " L'UWE a déjà répertorié des dizaines d'actions concrètes. Des sociétés comme John Cockerill, Orange ou KitoZyme offrent des milliers de masques de protection au secteur hospitalier. D'autres, comme Any-Shape (impression 3D), Coexpair (aéronautique) ou Codelux (énergie), proposent de réorienter leurs capacités de production ou leur matériel vers les besoins urgents du secteur médical. D'autres entreprises enfin lancent un appel à la solidarité pour faire face à une pénurie de main-d'oeuvre, comme Materne-Confilux (agroalimentaire) qui manque de caristes, de personnel de cuisine, de managers, etc., pour faire tourner son site, dans une période difficile où le secteur de l'alimentation doit poursuivre ses activités. " Toutes ces initiatives démontrent que les entreprises sont prêtes à se bouger, avance Olivier de Wasseige. Elles ne le font pas seulement pour leur productivité : elles dépensent aussi de l'énergie pour assurer la solidarité. Elles montrent au grand public qu'elles sont capables de faire bouger les choses. " Si les grandes entreprises et le tissu des PME sont sur le pont, les plus jeunes sociétés ne restent pas au balcon. Les start-up aussi font preuve de créativité et de solidarité. Des dizaines de jeunes pousses rassemblent actuellement leurs projets sur StartupXCovid19. Créée par StartupVie, un nouveau média en ligne consacré à l'univers des start-up, cette plateforme met en lumière ces initiatives solidaires qui visent à aider le secteur médical, à soutenir l'horeca, à faciliter le télétravail ou l'enseignement à distance. " Cela montre que les entrepreneurs ne vivent pas dans une bulle. Les start-up ont des ressources, des moyens, des outils digitaux qu'elles veulent mettre à disposition des communautés dans ces moments difficiles ", souligne Thierry Huart-Eeckhoudt (StartupVie), l'initiateur du projet. Ce mouvement de solidarité s'inscrira-t-il dans la durée ? " Tout n'aura pas été à 100 % négatif dans cette crise. La situation actuelle souligne l'importance de la responsabilité sociétale des entreprises ", affirme Olivier de Wasseige. Ce concept de responsabilité sociétale semble en temps normal relativement évanescent. Avec la progression de l'épidémie et la nécessité d'une réponse collective forte, il devient par contre beaucoup plus concret : " On se rend compte que, quand il faut prendre des actions, c'est parfois plus facile qu'on ne le pense ", analyse l'administrateur délégué de l'UWE. Pour l'économiste et patron de la banque Degroof Petercam, Bruno Colmant, c'est le pacte social lui-même qui va être redéfini par cette crise majeure : " Les entreprises auront une attitude beaucoup moins corporatiste et beaucoup plus humaniste, estime-t-il. Après la crise de 2008, on disait aussi que rien ne serait plus comme avant. Mais cette crise avait frappé l'économie financière. Cette fois, c'est l'économie réelle qui est touchée, ce sont toutes les couches de la population, toutes les classes sociales, comme lors d'une guerre. Cette épidémie va entraîner des inflexions idéologiques extrêmement importantes et nous pousser à repenser l'Etat social ". Des bouleversements profonds de la société sont à prévoir. Aujourd'hui, l'urgence de la situation nécessite de l'action. Notre dossier démontre que de nombreuses entreprises l'ont bien compris.