Le nom de Julius Robert Oppenheimer est indéfectiblement lié à la création de la bombe atomique qui a détruit Hiroshima et Nagasaki. Dans Ils ont tué Oppenheimer, Virginie Ollagnier, écrivaine et scénariste de BD, réhabilite le personnage. Sur base d'une documentation fouillée, elle décrit comment l'Amérique en guerre a fait du directeur scientifique du projet Manhattan un...

Le nom de Julius Robert Oppenheimer est indéfectiblement lié à la création de la bombe atomique qui a détruit Hiroshima et Nagasaki. Dans Ils ont tué Oppenheimer, Virginie Ollagnier, écrivaine et scénariste de BD, réhabilite le personnage. Sur base d'une documentation fouillée, elle décrit comment l'Amérique en guerre a fait du directeur scientifique du projet Manhattan un héros pour ensuite l'éjecter de son piédestal. Le physicien américain était en réalité un homme libre, indépendant, pacifiste mais aussi un peu naïf. Croyant que la bombe allait mettre fin à la guerre mais que l'atome ne serait plus ensuite utilisé qu'à des fins pacifistes, il n'avait pas du tout anticipé la guerre froide entre son pays et l'Union soviétique. Dès la fin du second conflit mondial, il avait exprimé publiquement son opinion contre le projet d'une bombe H beaucoup plus puissante, plaidant pour le partage des savoirs entre les scientifiques du monde entier pour contrôler l'atome. Mais pour les militaires et les industriels américains, l'attitude du scientifique était tout simplement inacceptable. Avec le concours du FBI et du contre-espionnage, ils firent peser sur Oppenheimer, qui était plutôt de gauche, des soupçons de sympathies communistes voire d'espionnage pour le compte de l'URSS. Ces manoeuvres aboutiront à un procès en 1954 qui détruira définitivement la réputation d'Oppenheimer. Dans un style qui évoque celui de James Ellroy, Virginie Ollagnier ne se contente pas de raconter l'histoire du physicien. Elle dresse aussi le portrait passionnant de cet après-guerre qui a vu la naissance du complexe militaro-industriel, d'une Amérique qui retourne la présomption d'innocence et annonce déjà les guerres qu'elle mènera plus tard, sous les présidences de Ronald Reagan et des Bush.