Le constat ne manque pas d'ironie : le peso mexicain compte actuellement parmi les monnaies des pays émergents les plus performantes depuis l'entrée en fonction du président Donald Trump. Il a gagné 15 % par rapport au dollar américain et 11 % face à l'euro depuis le 1er janvier. Le 11 janvier, le peso se négociait encore à son niveau le plus bas face au dollar, un effondrement provoqué par le résultat des élections présidentielles américaines de novembre dernier.
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Le constat ne manque pas d'ironie : le peso mexicain compte actuellement parmi les monnaies des pays émergents les plus performantes depuis l'entrée en fonction du président Donald Trump. Il a gagné 15 % par rapport au dollar américain et 11 % face à l'euro depuis le 1er janvier. Le 11 janvier, le peso se négociait encore à son niveau le plus bas face au dollar, un effondrement provoqué par le résultat des élections présidentielles américaines de novembre dernier. L'une des principales raisons du rebond du peso tient au fait que la rhétorique du président Trump vis-à-vis du Mexique est beaucoup plus modérée que celle dont l'homme usait lorsqu'il n'était encore que candidat à la présidence. Trump avait menacé de remettre en cause l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA), notamment en instaurant des droits de douane élevés sur les marchandises mexicaines produites par des entreprises américaines. Ses propos dénigrants à l'égard des immigrants mexicains et son projet de construire un mur à la frontière, avec le Mexique et à ses frais, avaient considérablement détérioré les relations entre les deux pays. La fin de l'ALENA serait très préjudiciable à une économie mexicaine déjà très affectée par l'effondrement des cours du pétrole. L'ALENA a permis au Mexique de devenir un maillon important dans la chaîne de production américaine - plus de 70 % des exportations mexicaines partent pour les États-Unis. Après l'élection de Trump, les investisseurs ont dès lors préféré jouer la prudence et laissé tomber le peso. Jusqu'à présent, le président Trump se montre cependant beaucoup plus pragmatique qu'on le pensait dans ses relations avec ses voisins. Un changement d'attitude qui pourrait être dicté par le nouveau ministre du Commerce Wilbur Ross et son collègue des Finances, Steve Mnuchin. Les relèvements agressifs des taux privent d'ailleurs Trump d'un argument qu'il pourrait utiliser pour justifier des mesures à l'égard du Mexique, à savoir celui de la manipulation des cours de change. Dans la mesure où le relèvement des taux renforce le peso mexicain, il est difficile de reprocher au pays qu'il affaiblit artificiellement son cours de change pour obtenir un avantage commercial indu. Le redressement partiel du peso - la monnaie affiche toujours une perte de près de 30 % par rapport à début 2014 - est également imputable aux hausses des taux opérées par la Banque centrale mexicaine. En mars, celle-ci a relevé son taux directeur pour la cinquième fois d'affilée, de 0,25 point de pourcentage à 6,5 %. D'autres relèvements de taux sont possibles. Ils sont avant tout destinés à lutter contre l'inflation. En raison de la faiblesse du peso (qui enchérit les importations) et du démantèlement des aides accordées par l'État mexicain sur les achats de carburant, l'inflation a plus que doublé par rapport à l'an dernier (5,8 % en avril, contre 2,5 % en avril 2016). Ce regain d'inflation ne serait cependant que temporaire. Agustin Carstens, le président de la Banque centrale, prévoit que l'inflation retombera sous les 4 % d'ici la fin de l'année à mesure que se dissipera l'impact de la dépréciation du peso et de la suppression des aides. L'inflation devrait à nouveau évoluer à proximité de l'objectif de la Banque centrale (3 %) à la fin de l'an prochain. La Banque centrale mexicaine est aidée par le fait que sa pendante américaine - la Réserve fédérale ou Fed - ne normalise que très progressivement ses propres taux. De plus, la Fed communique très clairement ses intentions, ce qui laisse à des pays comme le Mexique le temps de s'y adapter. Il semble que la Banque centrale mexicaine suivra dorénavant le mouvement lorsque la Fed relèvera les taux (ce qui avait déjà été le cas en mars, lorsque la Fed avait également relevé son taux de 0,25 point de pourcentage). L'idée est de stabiliser le différentiel de taux entre ces pays, afin de neutraliser un des facteurs susceptibles de peser sur le peso - les transferts de capitaux des obligations en peso vers des obligations en dollar à mesure que le différentiel de taux entre les deux monnaies se réduit. En investissant en obligations du marché émergent relativement développé qu'est le Mexique, les investisseurs peuvent obtenir un surcroît de rendement réel. Bien qu'il soit confronté à des problèmes non négligeables (comme la hausse de l'inflation, la guerre contre les trafiquants de drogue et la faiblesse des cours du pétrole), le pays possède également de nombreux atouts, comme sa population jeune, son intégration très avancée dans la chaîne de production américaine, et la politique solide de la Banque centrale mexicaine. En outre, l'inflation devrait baisser dans le courant de cette année. La plupart de ces facteurs sont cependant déjà intégrés dans le cours de change, qui a baissé de presque 30 % par rapport à début 2014. Parmi les obligations intéressantes en peso mexicain, citons BEI 4 % 25/02/2020 MXN (rendement brut de 7 %) et BIRD 7,5 % 25/03/2020 MXN (rendement brut de 6,9 %). Toutes deux bénéficient d'une note AAA. Nous conseillons cependant de limiter le poids du peso à quelques pour cent de votre portefeuille. Le Mexique est et reste un marché risqué pour les investisseurs. Le pays est très tributaire des capitaux (américains) pour le financement de son économie. Or ces flux de capitaux sont très volatils et pourraient s'assécher si la Fed relevait ses taux plus vite que prévu ou si Trump déclenchait finalement une guerre commerciale. Dans ce scénario, le peso pourrait rapidement perdre une partie de sa valeur. Le rendement des obligations mexicaines est attrayant, mais le risque d'accident reste réel.