C'est l'histoire de la Bourse japonaise, mais surtout une leçon de psychologie financière. Il y a trois ans (2014), afin de savoir s'ils étaient toujours investis en Bourse, une enquête avait été menée auprès des investisseurs particuliers japonais qui avaient acheté des actions en 1981. Il en est ressorti que seuls 8 % d'entre eux disposaient encore d'un portefeuille d'actions.
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C'est l'histoire de la Bourse japonaise, mais surtout une leçon de psychologie financière. Il y a trois ans (2014), afin de savoir s'ils étaient toujours investis en Bourse, une enquête avait été menée auprès des investisseurs particuliers japonais qui avaient acheté des actions en 1981. Il en est ressorti que seuls 8 % d'entre eux disposaient encore d'un portefeuille d'actions. Tel est l'effet d'un quart de siècle de misère boursière. Dans de telles conditions, vanter aujourd'hui la Bourse japonaise en arguant qu'elle offre de meilleures perspectives que les marchés américains et européens ne fera pas grande impression. Cette Bourse fut trop peu performante pendant trop longtemps pour encore susciter l'intérêt de l'investisseur occidental moyen. Pourtant, elle présente un potentiel confortable pour cette année et les suivantes. Cela a manifestement échappé à de nombreux investisseurs, mais entre la fin 2012 et l'été 2015, l'indice Nikkei - le baromètre le plus connu de la Bourse japonaise - a progressé d'environ 8.000 à quelque 25.000 points. Une hausse spectaculaire de 60 %. Même s'il faut la relativiser dans une perspective à long terme. En 1989, ce même indice Nikkei culminait en effet à... 39.000 points, avant de replonger sous les 20.000 points dès 1992. Un niveau que l'indice ne dépassera plus réellement au cours des vingt années suivantes. Au contraire : les creux étaient de plus en plus profonds, avec notamment un plus bas à 8.000 points à l'été 2012. Nous estimons que fin 2012 la Bourse japonaise est sortie d'une très longue baisse structurelle amorcée en 1989, et qu'elle se retrouve dans un marché haussier à long terme. Il est, selon nous, toujours intéressant, au titre de diversification, d'investir - à nouveau - une petite partie de son portefeuille en actions japonaises. Vous sourcillez probablement à l'instant... Le Japon ? Ce pays fait face à de très graves problèmes ! Il est vrai, la situation économique du Japon n'a rien d'enthousiasmant. Il s'agit de l'un des pays les plus vieux au monde, qui a déjà amorcé son déclin démographique. Sa population diminue depuis huit ans. En 2015, on y a recensé 1,3 million de décès pour 1 million de naissances. Près d'un quart (24,5 %) des Japonais ont déjà plus de 65 ans, et cette tranche d'âge devrait représenter 40 % de la population de l'archipel d'ici 2050. Sans omettre que le pays du Soleil-Levant affiche une dette publique record de près de 250 % du produit intérieur brut (PIB). Le Japon a également été confronté à l'éclatement combiné d'une gigantesque bulle immobilière et boursière au début des années 1990, à laquelle il a réagi de manière totalement inadéquate et beaucoup trop tardive. La solution devrait venir des " Abenomics ". Le terme fait référence au Premier ministre japonais Shinzo Abe, revenu au pouvoir fin 2012 afin d'aider le pays du Soleil-Levant à sortir de ses dépressions chroniques et de sa déflation structurelle. À cet effet, il a notamment dû ramener l'inflation à 2 %. Mais la partie de son programme qui a le plus profité à la Bourse japonaise est l'assouplissement quantitatif (QE). En matière de PIB, la Banque du Japon a fait le double de la Réserve fédérale. En octobre 2014, elle a encore porté le montant engagé à 80.000 milliards de yens (JPY). L'an dernier, Haruhiko Kuroda, le président de la Banque du Japon, a d'abord surpris tous les observateurs en instaurant un taux négatif (-0,1 %) sur une partie des réserves parquées par les banques commerciales auprès de la banque centrale. En octobre, il a ensuite entièrement subordonné la politique monétaire à la politique budgétaire en optant pour un contrôle de la courbe des taux. L'objectif est de porter l'inflation au-dessus de l'objectif initial de 2 % et de maintenir le taux à 10 ans autour de 0 % pendant un certain temps. Pour y parvenir, la Banque du Japon jouera sur l'échéance des obligations publiques rachetées et l'ampleur des achats, auparavant fixés à 80 milliards de yens par an. La Banque du Japon reste de très loin la banque centrale la plus active au monde. Par exemple, elle rachète également d'importants lots d'actions (environ 10 milliards de dollars sur une base annuelle), ce qui soutient vigoureusement la Bourse japonaise. En outre, la politique monétaire adaptée incite les investisseurs institutionnels à convertir en actions les titres à revenus fixes (perspectives de pertes de rendement, voire de taux réels négatifs à concurrence d'environ 2 %), car le pourcentage d'actions dans les portefeuilles avait plongé à un plancher sur 35 ans. De plus, elle encourage les entreprises à racheter des actions propres. L'an dernier, le nombre d'entreprises qui ont racheté des actions propres avait augmenté de 30 % par rapport à 2015. La Bourse japonaise a subi une correction sensible entre l'été 2005 et la moitié de l'an dernier. Le pic à 25.000 points a été suivi d'un plongeon en direction des 15.000 points en février, puis à nouveau en juin 2015. Nous y voyons un double plancher, et donc l'amorce d'une nouvelle phase de hausse qui doit nous porter au moins au-dessus du pic précédent de 21.000 points. L'évolution du yen japonais est un autre facteur important des perspectives de la Bourse japonaise. La forte dépréciation du yen par rapport au dollar au deuxième semestre de l'an dernier a déclenché un nouveau mouvement haussier sur le marché d'actions japonais. Les actions japonaises affichent toujours des valorisations attrayantes. L'action moyenne se négocie à respectivement 16 fois le bénéfice attendu en 2017, 0,8 fois le chiffre d'affaires et 1,3 fois la valeur comptable. À comparer à 18 fois le bénéfice attendu, 1,3 fois le chiffre d'affaires et 1,8 fois la valeur comptable pour une action européenne moyenne de l'indice Stoxx 600, et 21 fois le bénéfice attendu, 2 fois le chiffre d'affaires et 2,9 fois la valeur comptable pour une action américaine moyenne de l'indice Standard&Poor's 500. Enfin et malgré les taux très bas, les actions japonaises n'ont pas encore subi de revalorisation. Le redressement des cours ces dernières années n'a fait que suivre celui des bénéfices des entreprises. Les résultats des entreprises devraient encore s'améliorer en 2017. Associez-y la revalorisation attendue de la Bourse consécutive aux rachats constants de la Banque du Japon, le renforcement des positions des investisseurs particuliers et institutionnels (nationaux et internationaux) et l'augmentation des rachats d'actions propres par les entreprises japonaises, et vous obtenez un cocktail positif pour cette année et les suivantes. LES ACTIONS JAPONAISES PRÉSENTENT DES VALORISATIONS NETTEMENT PLUS ATTRAYANTES QUE LES ACTIONS EUROPÉENNES ET AMÉRICAINES.