Il y a quelque chose dans l'air : les récentes turbulences autour du Palais Stoclet, l'expo actuelle de Bozar célébrant la génération de Klimt, voire l'immersion dans l'oeuvre de Van Gogh à la Bourse de Bruxelles. Fascinantes convergences d'une fin de 19e siècle et des premières décennies du suivant, vécues comme signes d'un monde sur le point de basculer.
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Il y a quelque chose dans l'air : les récentes turbulences autour du Palais Stoclet, l'expo actuelle de Bozar célébrant la génération de Klimt, voire l'immersion dans l'oeuvre de Van Gogh à la Bourse de Bruxelles. Fascinantes convergences d'une fin de 19e siècle et des premières décennies du suivant, vécues comme signes d'un monde sur le point de basculer. Un miroir qui devrait nous rappeler quelque chose. Berlin 1912-1932 raconte comment il y a environ un siècle, l'art traduisit les spasmes d'une Europe bouleversée par les nouvelles donnes géopolitiques. Ce que le peintre belge Jozef Peeters, visitant en 1923 la capitale allemande, relatait ainsi : " Dans une ville cosmopolite comme Berlin, même les plus grands extrêmes peuvent coexister. Une activité inouïe s'y déploie malgré la brièveté de la vie " . Voyez aussi le regard d'un autre citoyen du plat pays, Paul van Ostaijen, décrivant Berlin comme " un champignon à croissance exponentielle " . Une ébullition créative qui intégrait les utopies, faisant le grand écart entre Moscou et l'Ouest, définissant déjà une forme de déshumanisation. " Berlin est une grande ville, et dans une grande ville, l'individu disparaît ", dixit l'écrivain-journaliste allemand Kurt Tucholsky. Aux Musées royaux, ces " Années folles " de la Grande Guerre 14-18 et du démembrement de l'Empire austro-hongrois sont représentées par 200 oeuvres d'artistes aussi importants qu'Otto Dix, Max Beckmann, Ernst Ludwig Kirchner ou Aleksandr Rodchenko. Ce qui frappe dans leurs créations, c'est la noirceur et le grotesque du trait utilisé, n'excluant jamais une générosité des couleurs ni des audaces formelles. On pense aux sublimes aquarelles de Jeanne Mammen - féministes bien avant l'heure - ou aux collages poétiques de Raoul Hausmann qui auraient parfaitement leur place dans une galerie de 2018.