"J'ai la volonté de pénétrer la surface, de regarder à l'intérieur de la matière. Peut-être ces images vous font-elles penser à des rêves oubliés ? Peut-être êtes-vous allé auparavant dans ces endroits ? ". Voilà ce que nous disait il y a 10 ans Roger Ballen lors de la parution de son livre Boarding House, une plongée aussi fantasque qu'anxiogène dans une ancienne maison minière de Johannesburg, peuplée de créatures diff...

"J'ai la volonté de pénétrer la surface, de regarder à l'intérieur de la matière. Peut-être ces images vous font-elles penser à des rêves oubliés ? Peut-être êtes-vous allé auparavant dans ces endroits ? ". Voilà ce que nous disait il y a 10 ans Roger Ballen lors de la parution de son livre Boarding House, une plongée aussi fantasque qu'anxiogène dans une ancienne maison minière de Johannesburg, peuplée de créatures difformes, inquiétantes et grotesques. Le sentiment qui se dégage de l'expo tenue jusqu'en mars à la Centrale for contemporary art (place Sainte-Catherine à Bruxelles) se place dans le même registre, où effroi et cruauté font la paire électrique. D'autant qu'ici, après une première salle sous forme de Correspondances avec le plasticien gantois Ronny Delrue, le grand espace du lieu est intégralement dédié à Ballen. Né à New York en 1950, géologue de formation installé en Afrique du Sud depuis le début des années 1980, il a conçu son expo The Theatre of the Ballenesque comme une bulle insidieuse constituée de photos, dessins, vidéos, films et installations. La principale d'entre elles est placée au centre du dispositif : des mannequins posés sur des sièges " regardent " l'orchestre sur le podium qui leur fait face. Ces corps artificiels, désarticulés et inertes, immobi-lisés dans un pesant silence, provoquent une sensation d'inquiétante étrangeté. Le théâtre de Ballen consiste bien à interroger l'humanité en passant par des représentations maladives et anxiogènes. C'est aussi le cas de cette étrange compo-sition d'une baignoire remplie d'un liquide brunâtre d'où surgissent deux jambes en talons-aiguilles : placée dans la vitrine donnant sur la rue voisine, elle attire le regard des passants dont certains s'arrêtent, éberlués et questionnés par cet onirisme déviant, plus proche du cauchemar que du rêve mais qui porte indéniablement en lui un substrat de poésie. Possiblement choquant mais impossible à ignorer.