Au Royaume-Uni, l'unité est en péril. Elle survivra à 2021 et aux années suivantes car son mal est plus chronique qu'aigu. Mais les relations entre Londres et les autres capitales régionales se dégraderont. Depuis 20 ans, la dévolution (transfert de pouvoirs aux Parlements d'Edimbourg, de Cardiff et de Belfast ) permet d'endiguer les tensions entre unionistes et séparatistes. En 2021, ce système subira cependant des attaques de toutes parts. C'est en Irlande du Nord que l'unité britannique sera le plus remise en question. L'accord sur le Brexit prend effet le 1er janvier. Malgré la promesse de ...

Au Royaume-Uni, l'unité est en péril. Elle survivra à 2021 et aux années suivantes car son mal est plus chronique qu'aigu. Mais les relations entre Londres et les autres capitales régionales se dégraderont. Depuis 20 ans, la dévolution (transfert de pouvoirs aux Parlements d'Edimbourg, de Cardiff et de Belfast ) permet d'endiguer les tensions entre unionistes et séparatistes. En 2021, ce système subira cependant des attaques de toutes parts. C'est en Irlande du Nord que l'unité britannique sera le plus remise en question. L'accord sur le Brexit prend effet le 1er janvier. Malgré la promesse de Boris Johnson de maintenir le libre-échange, Belfast continuera d'appliquer la réglementation européenne sur les produits, notamment alimentaires. Avec le temps, tandis que le Royaume-Uni se détachera du reste de l'Europe, la réglementation nord-irlandaise ressemblera de moins en moins à celle de Londres, et de plus en plus à celle de Dublin. Les unionistes craignent que cette séparation économique avec la Grande- Bretagne n'entraîne, à terme, une séparation politique. En Ecosse, la menace sera moins grande mais bien plus palpable. En mai, les Ecossais voteront pour renouveler leur Parlement. La pandémie a stimulé l'indépendantisme et le Brexit a entretenu l'idée que Londres et Édimbourg s'éloignaient progressivement l'une de l'autre. A moins d'un glissement radical de l'opinion, le Parti national écossais (SNP) renforcera sa présence au Parlement. Pour la Première ministre Nicola Sturgeon, cette progression constituera un appel à la tenue d'un nouveau référendum sur l'indépendance. Boris Johnson s'y opposera, au motif qu'il s'est engagé à refuser ce type de vote lors des élections générales de 2019. S'ensuivra alors une longue et fâcheuse impasse. Les lignes bougeront également lors des élections législatives galloises en mai. Le Parti travailliste, architecte de la dévolution, règne en maître au pays de Galles depuis des décennies. Il perdra cependant des sièges au profit des conservateurs, qui prônent une relation plus étroite avec Londres, et de Plaid Cymru, un parti favorable à l'indépendance. Les opinions extrêmes seront aussi représentées: l'indépendantisme restera bien moins fort qu'en Ecosse, mais il pourrait néanmoins gagner du terrain, tout comme l'idée d'un démantèlement du Parlement gallois, qui circule déjà au sein de l'extrême droite. Dans la garde rapprochée de Boris Johnson, on estime que la stratégie de ces 20 dernières années - endiguer le séparatisme en accordant toujours plus de pouvoir aux administrations décentralisées - a échoué. Le Premier ministre voudra réaffirmer l'autorité de Londres. Il cherchera également à dissiper l'idée qu'il n'est qu'un invité lorsqu'il se rend à Edimbourg. Avec le Brexit, c'est Londres et non plus Bruxelles qui fixera les règles pour l'Ecosse et le pays de Galles en matière de pesticides, de concurrence et bien davantage. Certains dénonceront alors un coup de force mené par une autorité centrale trop puissante.