Il n'y a sans doute pas de hasard à cette présence artistique congolaise dans la cité portuaire: c'est là, en 1920, que s'ouvre l'Université coloniale de Belgique, institution qui forme des cadres pour partir à la colonie. Un siècle plus tard, l'empreinte des relations pour le moins complexes et électriques entre la Belgique et le Congo est explorée dans cette proposition du Middelheim. Ce que la commis...

Il n'y a sans doute pas de hasard à cette présence artistique congolaise dans la cité portuaire: c'est là, en 1920, que s'ouvre l'Université coloniale de Belgique, institution qui forme des cadres pour partir à la colonie. Un siècle plus tard, l'empreinte des relations pour le moins complexes et électriques entre la Belgique et le Congo est explorée dans cette proposition du Middelheim. Ce que la commissaire Sandrine Colard, professeure d'histoire d'art africain dans le New Jersey, a baptisé Congoville, "un terme générique pour des traces physiques et mentales du passé colonial en Belgique". Une cité imaginaire, mais pas seulement puisqu'elle découle de cet héritage pas forcément noir ou blanc - sans jeu de mots - qui continue à inspirer les artistes. Au nombre de 15, ceux-ci viennent en grande partie de la RDC mais aussi des Etats-Unis, de France, d'Italie, du Cameroun, du Bénin et, naturellement, de Belgique. Ils s'expriment dans des sculptures et des installations qui amènent les visiteurs à flâner entre passé et présent. Où l'on note la participation inspirée d'un des plus fameux artistes congolais contemporains, Sammy Baloji, "l'enfant terrible de Lubumbashi", auteur de pièces aussi déconcertantes que vouées à la poésie visuelle. On peut alors faire le doublé anversois en passant au MAS, cet impressionnant Museum aan de Stroom. L'ample bâtiment en grès rouge, inauguré il y a 10 ans, présente 100 x Congo. Soit 100 pièces majeures d'une collection entrée en possession de la Ville d'Anvers il y a un siècle. Ici encore, il s'agit de dialogue entre les deux pays concernés, avec parmi les questions posées, celle-ci plutôt rare et intéressante: comment les Congolais voyaient-ils les blancs, les mundele? Tout cela a été pensé et concocté entre chercheurs et artistes des deux continents concernés. Posant aussi cet autre enjeu important: que faire désormais de ces créations africaines autrefois récupérées par le colonisateur?