" C'est un grand jour pour la solidarité européenne ", a déclaré le ministre allemand des Finances Olaf Scholz à la sortie de la réunion avec ses collègues européens, qui a validé un plan d'action chiffré à 540 milliards. Un montant impressionnant. Mais justement, tâchons de ne pas être trop impressionnés par ce chiffre, qui ne représente après tout que 3,3% du PIB de l'ensemble de l'Union européenne.
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" C'est un grand jour pour la solidarité européenne ", a déclaré le ministre allemand des Finances Olaf Scholz à la sortie de la réunion avec ses collègues européens, qui a validé un plan d'action chiffré à 540 milliards. Un montant impressionnant. Mais justement, tâchons de ne pas être trop impressionnés par ce chiffre, qui ne représente après tout que 3,3% du PIB de l'ensemble de l'Union européenne. Ce montant finance trois enveloppes et c'est sans doute la plus petite d'entre elles qui entrouvre les plus belles avancées : l'Union européenne lèvera 100 milliards d'euros sur les marchés afin d'aider les Etats qui auraient des difficultés à payer la facture du chômage temporaire. Les " européoptimistes " y verront deux précédents importants : l'Europe pose un premier petit pied dans la politique de l'assurance-chômage, jusqu'ici réservée aux seuls Etats (le régime de chômage temporaire ou partiel n'existait pas dans tous les pays avant la pandémie) ; l'Union s'endette solidairement en levant directement le montant avec la garantie des Etats. Les autres, moins euphoriques, pointeront le fait que ces 100 milliards d'euros ne seront pas donnés mais prêtés aux Etats et qu'ils sont de toute façon insuffisants pour couvrir la facture sociale de la crise (le chômage temporaire coûtera à lui seul 5 milliards à la Belgique). La plus conséquente des trois enveloppes concerne le Mécanisme européen de stabilité (MES) conçu en 2012 pour aider les Etats de la zone euro qui ne parviendraient plus à se financer sur les marchés. Les Etats pourront y recourir à concurrence d'un maximum de 2% de leur PIB (ce qui fait 240 milliards au total), pour payer " les dépenses, directes et indirectes, de santé et de prévention liées au Covid-19 ". Le problème, c'est qu'il s'agit à nouveau de prêts, à taux préférentiels certes, mais des prêts tout de même. L'Italie, le pays le plus touché par la pandémie, a-t-elle vraiment envie de gonfler encore une dette publique qui culmine déjà à 137% de son PIB ? L'intervention du MES est, en outre, normalement soumise à de strictes règles d'assainissement des finances publiques pour les Etats bénéficiaires. Tous les Grecs s'en souviennent. Dans le cas présent, la crise étant sanitaire plutôt que financière, ces règles pourraient être assouplies. Mais manifestement entre Rome, Berlin, et surtout La Haye, on n'a pas la même appréciation de cette " souplesse "... La troisième enveloppe renforcera les moyens de la Banque européenne d'investissement, grâce à une garantie conjointe des Etats à concurrence de 25 milliards d'euros. Cela devrait permettre de financer jusqu'à 200 milliards d'euros de prêts aux entreprises en mal de liquidités. C'est bien mais nettement moins que ce que les Etats font à titre individuel. Pour rappel, le " bazooka " belge en la matière garantit 50 milliards de crédit aux entreprises. Plusieurs pays, dont la France et la Belgique, souhaitaient une quatrième mesure : l'émission de " Corona Bonds ", des obligations européennes pour financer un plan de relance commun. Ils se sont heurtés à l'intransigeance de l'Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande, des Etats aux finances publiques saines qui ne voient guère d'intérêt à une mutualisation des emprunts. Le compromis final prévoit néanmoins la possibilité d'un recours à des " instruments financiers innovants ", une formule suffisamment vague pour convenir aux 27 Etats. Pas sûr que cela suffise vraiment pour parler de " grand jour pour la solidarité européenne ".