Nos amis britanniques demeurent des êtres à part. Normal, des gens qui ont décidé de rouler à gauche alors qu'une grande partie de la planète roule à droite ne peuvent pas être tout à fait comme nous. Avec ce mauvais feuilleton du Brexit, ils confirment la thèse du suicide de l'auteure Barbara Tuchman. Dans son livre March of Folly, cette Américaine dit qu'il arrive que les nations se suicident. Et des intellectuels comme Jacques Attali pensent que le Royaume-Uni est en train de se suicider.
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Nos amis britanniques demeurent des êtres à part. Normal, des gens qui ont décidé de rouler à gauche alors qu'une grande partie de la planète roule à droite ne peuvent pas être tout à fait comme nous. Avec ce mauvais feuilleton du Brexit, ils confirment la thèse du suicide de l'auteure Barbara Tuchman. Dans son livre March of Folly, cette Américaine dit qu'il arrive que les nations se suicident. Et des intellectuels comme Jacques Attali pensent que le Royaume-Uni est en train de se suicider. Pourquoi en reparler ? Mais parce que le délai octroyé par l'Union européenne n'est pas un cadeau, mais une nécessité. L'UE n'a pas intérêt à ce que la deuxième puissance de l'Europe s'effondre sous ses yeux. Les chiffres sont têtus : sur le plan économique, la Grande-Bretagne pèse autant que 19 pays de l'Union européenne. Lorsque le Royaume-Uni nous quittera, nous ne serons pas à 27 mais bien à 9 sur le plan économique ! Bien entendu, pour des raisons de négociations, les 27 ont tenu des propos durs, ils ont adopté une posture intransigeante à l'égard de ce pays, mais au final, ils ont quand même accordé plusieurs mois de répit à Theresa May pour qu'elle puisse convaincre son Parlement de trouver une sortie à l'amiable. Les Britanniques ont désormais jusqu'au 31 octobre pour trouver une solution. Or, le 31 octobre, c'est aussi la date de la fête de Halloween. Espérons que cela ne soit pas un présage maléfique... Il est d'ores et déjà possible de tirer des leçons de ce triste feuilleton. D'abord, la (seule) bonne nouvelle, c'est que les partis populistes des Etats membres de l'Union ne parlent plus de quitter l'Europe. Ils ont compris que même pour le Royaume-Uni, c'est une démarche très compliquée. Deuxième leçon : celui qui veut partir sait désormais qu'il n'a presque rien à dire, ce sont les 27 et les traités qui organisent les conditions de la sortie. Troisième leçon : la sortie n'est pas gratuite car le pays sortant doit respecter ses engagements. Le prix à payer est ici de 50 milliards d'euros que le gouvernement de Theresa May devra débourser au cours des prochaines années. Et puis, la quatrième leçon, rappelée par l'économiste français Jean Pisani-Ferry, c'est que le Brexit peut s'apparenter à un passage de Macbeth, la tragédie de Shakespeare : une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne signifie rien. Et l'idiot aujourd'hui, c'est la démocratie britannique.