"Le poste 'créances' peut représenter entre 30 et 40% de l'actif d'une société, lance tout de go Christophe Cherry directeur général d'Atradius Belgique et Luxembourg. C'est un patrimoine de liquidités et surtout à risque. Or, malheureusement, il y a encore des entreprises qui n'intègrent pas ce risque et peuvent donc se retrouver en grande difficulté, voire en faillite, en cas d'impayés importants. Surtout les petites et moyennes entreprises ainsi que les sociétés qui connaissent une forte croissance... " Un risque beaucoup plus présent que la plupart ne l'imaginent, comme en témoigne le récent baromètre des pratiques de paiement d'Atradius (octobre 2019) pour lequel 2.770 entreprises ont été interrogées dans 13 pays européens.

Vendre, c'est octroyer du crédit. Et octroyer du crédit, c'est prendre des risques.

Insolvabilités en hausse

Selon ce baromètre, " la croissance économique en Belgique devrait ralentir à 1,2% cette année et en 2020. La demande intérieure devrait être le principal moteur de la croissance économique, tandis que les exportations nettes devraient continuer à pâtir du ralentissement actuel du commerce mondial, ainsi que du ralentissement de la croissance économique chez les principaux partenaires commerciaux de la Belgique. Dans ce contexte, le nombre d'insolvabilités devrait augmenter sensiblement cette année. "

Pour limiter les risques d'impayés, il existe heureusement des sociétés comme Atradius. Celle-ci s'adresse aux entreprises B to B de tous les secteurs, même si certains présentent davantage de risques d'impayés, comme l'horeca ou la construction. D'après les résultats de l'enquête menée en Belgique (216 entreprises participantes), 50% de la valeur totale de ventes B to B ont été réalisées à crédit. Soit une augmentation notable comparée aux années précédentes où cette part tournait autour de 32%.

Certes, ce chiffre est en deçà de la moyenne régionale européenne (60,4%) mais comme l'analyse Christophe Cherry, " le recours plus fréquent au crédit commercial et l'assouplissement des délais de paiement permettent de soutenir la demande intérieure et les flux d'exportation dans un environnement difficile. Mais ils augmentent aussi le risque d'impayés, en particulier dans les marchés plus difficiles. Les entreprises interrogées en sont bien conscientes et s'inquiètent de la détérioration des pratiques de paiement au cours des prochains mois. D'autant que malgré l'accent mis sur la gestion de crédits, l'enquête révèle qu'elles n'ont pas été en mesure de transformer les arriérés de paiement en liquidités. " La durée de paiement en Belgique s'élève à 51 jours, se situant dans la moyenne européenne (52 jours) alors que pour une large part des personnes interrogées (78%), le délai de paiement qu'ils accordent à leur client est en moyenne de 31 jours (26 en 2018). Autant dire qu'il est plus que conseillé de bien gérer ce risque de défaut de paiement.

" Vendre, c'est octroyer du crédit. Et octroyer du crédit, c'est prendre des risques ", rappelle Christophe Cherry. Une évidence qui ne trouve sa traduction sur le marché belge qu'auprès de 15% des entreprises, " dont la moitié est assurée chez nous ", ajoute le directeur général. Car si les grandes entreprises ou certains secteurs comme l'intérim, qui est confronté à une clientèle extrêmement variée, préfèrent assurer leurs arrières plutôt que de commencer à analyser méticuleusement les activités de chacun de leurs clients, c'est bien moins le cas des PME. Celles-ci ne sont pas pour autant indifférentes à cette problématique mais leur gestion du crédit se résume souvent à relancer les mauvais payeurs. Ainsi, 29% des personnes interrogées utilisent le rappel des factures et 23% évaluent la capacité de crédit des acheteurs potentiels avant toute décision de crédit commercial. Seuls 18% de l'échantillon mettent en place des fonds pour se protéger contre d'éventuelles créances irrécouvrables. En 2019, 2% des factures B to B ont été considérées comme irrécouvrables contre 1,3% l'année précédente.

Différences sectorielles

Si l'on détaille l'enquête selon les secteurs d'activités, on observe quelques différences notables. Par exemple, celui de la construction bénéficie des délais de paiement les plus longs, avec en moyenne 35 jours à compter de la date de facturation, alors que dans les autres secteurs, ils vont de 32 jours dans celui des machines à 21 jours pour le secteur TIC/électronique. A noter que cette année, le risque de crédit a augmenté dans le transport belge, avec une détérioration sensible des délais de paiement (59,8% des factures payées à temps contre 63,5% l'année dernière). Enfin, c'est le secteur agroalimentaire et celui des machines qui a enregistré en 2019 la plus forte proportion moyenne de créances irrécouvrables en Belgique (2,5% chacun).

Informations commerciales

Mais comment fonctionne Atradius ? Son core business est de transformer les informations commerciales qu'elle collecte dans plus de 50 pays et auprès de 260 millions d'entreprises en décisions de crédit pour ses clients. Chaque jour dans le monde, le groupe prend ainsi 50.000 décisions de crédit. " Dans les deux tiers des cas, elles sont prises dans la seconde ; dans 95%, dans les 24 heures ; et dans 98%, dans les 48 heures, confie Christophe Cherry. Le solde concerne soit des dossiers complexes, soit des demandes élevées. Par exemple, nous sommes en train d'évaluer un risque pour un investissement de l'ordre de 35 millions d'euros au Kenya dans le secteur de la sidérurgie. Mais pour une PME, une commande de 100.000 euros peut déjà avoir un impact considérable en cas de défaut de paiement. Voilà pourquoi, quel que soit le montant, nous assurons un service identique. Le coût oscille entre 0,2 et 0,5% du chiffre d'affaires couvert. "

Il nous arrive régulièrement de déconseiller à nos clients de faire affaire avec certaines sociétés.

Grâce à son réseau international, Atradius dispose en permanence d'une vue globale du risque et peut conseiller ses clients sur la solvabilité des entreprises qu'ils prospectent, tant en Belgique qu'à l'international. Car si le risque ne connaît pas de frontières, il est autant présent en Belgique et en Europe qu'au grand large. Il suffit d'avoir à l'esprit l'interminable feuilleton du Brexit dont l'issue pour le moins incertaine accroît les risques pour les sociétés actives outre-Manche. " Ainsi que pour les sociétés britanniques, ajoute Christophe Cherry. Atradius n'a jamais autant travaillé en Grande-Bretagne que ces derniers mois. De notre côté, nous sommes attentifs, entre autres, aux entreprises actives dans l'agroalimentaire et qui exportent des denrées périssables. " Globalement et sans surprise, les principaux marchés, outre le marché domestique, que couvre Atradius pour la Belgique et le Luxembourg sont les pays voisins où est réalisée plus de la moitié de nos exportations.

Attention Gazelles

Au final, si la taille et le secteur importent relativement peu face au risque de créances non honorées, il est toutefois des PME qui y sont naturellement plus exposées que d'autres : celles qu'on surnomme les Gazelles, ou entreprises à forte croissance. " L'objectif de ces entreprises est de grandir mais elles souhaitent une croissance sans les risques qui y sont liés, explique le directeur général. Notamment en s'assurant une trésorerie stable. Une approche stratégique de la gestion de crédits est donc essentielle. C'est ici que nous intervenons, non seulement afin d'assurer leurs créances mais aussi en leur fournissant des informations sur leurs prospects. Il nous arrive ainsi régulièrement de déconseiller à nos clients de faire affaire avec certaines sociétés, car nous pressentons des risques de faillite par exemple, ou même de commercer dans certains pays. Dans ce dernier cas, il peut s'agir d'un contexte économique défavorable ou incertain d'un point de vue politique. Ainsi, nous ne couvrons plus l'Iran aujourd'hui suite aux décisions du président Donald Trump à l'égard de ce pays. "

Reste qu'à la différence d'une banque classique qui fuit le risque comme la peste, l'assureur-crédit en fait son quotidien et son gagne-pain. " J'ai travaillé précédemment dans une banque où l'on me disait qu'il ne fallait jamais accorder de prêt en cas de doute, rappelle Christophe Cherry. Quand je suis arrivé ici, on m'a expliqué le contraire : s'il y avait un doute, il fallait y aller. C'est logique, nous vivons du risque. Environ 50% de nos revenus annuels sont consacrés à des pertes sur créance. Nous sommes en fait un banquier invisible et jouons un rôle sociétal. En assurant le défaut de paiement des factures, nous brisons la chaîne des faillites et évitons l'effet domino. La gestion des sinistres se fait automatiquement et les clients sont remboursés endéans le mois. "

Un marché sous contrôle

Entré chez Atradius il y a plus de 20 ans, Christophe Cherry porte un regard aiguisé sur l'évolution de son secteur qui a été frappé de plein fouet par la crise financière il y a 10 ans. " Notre secteur s'était un peu endormi avant 2008, reconnaît le directeur général. Mais avec la crise, il a vécu un crash-test : la totalité des secteurs qu'il couvrait étaient touchés. Un peu à l'image d'un assureur qui est confronté en une fois à l'incendie de toutes les maisons d'un village. Mais ce choc a été salutaire. Aujourd'hui, nous avons nettoyé notre portefeuille de risques et sommes dorénavant plus proches de nos clients. De leur côté, ceux-ci se sont également réorganisés. Dans nombre de sociétés, c'est maintenant directement le CFO qui gère ce poste, ou le CEO dans les plus petites entreprises. "

Selon Christophe Cherry, le marché est sous contrôle et si une crise se présente à nouveau, le secteur de l'assurance-crédit est mieux préparé et devrait limiter la casse. " Le monde de l'assurance-crédit s'est remis en question et s'est vraiment transformé. Il dispose aujourd'hui d'un meilleur accès à l'information grâce à une transparence accrue et d'une meilleure capacité d'anticipation ", conclut-il.

SIÈGE SOCIAL D'ATRADIUS BELUX, à Namur. Inauguré en 2017, il emploie 220 collaborateurs sur les 270 que compte la filiale. © pg

Atradius : un groupe mondial

Atradius est un groupe leader mondial spécialiste de l'assurance-crédit, du recouvrement et de la caution. Il est présent dans 54 pays, emploie 3.700 collaborateurs et affiche un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros. Il a célébré en 2015 son 90e anniversaire même si son année de naissance officielle sous le nom d'Atradius date d'août 2003. Auparavant, il se nommait Gerling NCM, né lui-même de la fusion en 2001 du groupe allemand d'assurance-crédit Gerling-Konzern Speziale Kreditversicherung (Gerling Credit) et de l'assureur-crédit néerlandais Nederlandsche Credietverzekering Maatschappij (NCM). L'année 1925 est celle de la fondation de NCM aux Pays-Bas ; Gerling Credit sera pour sa part créée en 1954. Tous deux se sont spécialisés dès le début dans l'assurance-crédit et notamment en offrant leurs services aux entreprises qui exportaient.

En Belgique, l'arrivée de Gerling date de 1994 quand il reprend l'entreprise familiale La Namur. La société belge fait aujourd'hui partie intégrante du groupe Atradius. Elle emploie 270 personnes dont 220 à Namur, où se situe son siège social dans un bâtiment flambant neuf inauguré en 2017, et 50 à Anvers. " Après des années difficiles, nous avons bien redressé l'entreprise ", confie Christophe Cherry qui est arrivé dans celle-ci en 1998, à l'époque de Gerling Namur, et qu'il dirige depuis 2009, insistant sur la satisfaction tant des collaborateurs que des clients. " Si vous avez des employés heureux, vous aurez des clients heureux. "