Personne ne l'avait vue venir. Du coup, on imaginait presque qu'elle allait repartir avec le trophée. Finalement, c'est le très beau livre d'Hervé Le Tellier, L'anomalie, qui a empor- té le dernier prix Goncourt. Mais il nous fallait dire quelques mots sur Les Impatientes, tant ce quatrième roman de la Camerounaise Djaïli Amadou Amal sort des cases habituelles,...

Personne ne l'avait vue venir. Du coup, on imaginait presque qu'elle allait repartir avec le trophée. Finalement, c'est le très beau livre d'Hervé Le Tellier, L'anomalie, qui a empor- té le dernier prix Goncourt. Mais il nous fallait dire quelques mots sur Les Impatientes, tant ce quatrième roman de la Camerounaise Djaïli Amadou Amal sort des cases habituelles, amenant son vent de renouveau dans la compétition. D'ailleurs, les jeunes Français ne s'y sont pas trompés, eux qui lui ont attribué le Goncourt des Lycéens. Son texte, "une fiction inspirée de faits réels", est exceptionnel de justesse. L'autrice y raconte le mariage précoce et forcé, le viol conjugal et la polygamie à travers le destin de trois femmes peules et musulmanes vivant au Cameroun. Un mariage précoce dont Djaïli Amadou Amal rappelle qu'il est la violence la plus pernicieuse car il entraîne automatiquement toutes les autres formes de violence, notamment économique, en empêchant les femmes de terminer leurs études, de suivre une formation, de travailler. Dans son livre, l'auteure raconte le destin de Ramla, Hindou et Safira, qui tentent de se révolter contre ces lois auxquelles elles sont soumises. Sauf qu'elles n'ont pas les moyens de se faire entendre et que même leurs plus proches parents leur conseillent le statu quo. Impossible, en effet, de s'opposer à la figure du mari ou aux rites religieux. Il faudra donc à ces Impatientes une patience qu'elles n'en peuvent plus d'avoir... Ce qui est intéressant avec ce livre, c'est qu'il a d'abord connu un succès en Afrique, où il a reçu le Prix Orange du livre en 2017, avant de poursuivre son petit bonhomme de chemin jusqu'à nous. Enfin, dirons-nous. Car il est encore trop rare de lire de telles histoires écrites par ceux ou celles qui les ont, au moins en partie, endurées.