Dans Dessiner encore, la dessinatrice de presse Coco revient via un roman graphique sur vie à Charlie Hebdo et tout ce qui a suivi l'attentat perpétré le 7 janvier 2015, pour elle et le journal: "Le temps s'est arrêté à cet escalier, à cet effroi... Ces tirs... Ce silence de mort...", confie-t-elle au psy qu'elle rencontre après une ce...

Dans Dessiner encore, la dessinatrice de presse Coco revient via un roman graphique sur vie à Charlie Hebdo et tout ce qui a suivi l'attentat perpétré le 7 janvier 2015, pour elle et le journal: "Le temps s'est arrêté à cet escalier, à cet effroi... Ces tirs... Ce silence de mort...", confie-t-elle au psy qu'elle rencontre après une certaine errance médicale. Assez rapidement dans cet ouvrage, l'autrice dessine aussi le plus dur, c'est-à-dire ce moment où les terroristes la trouvent au bas de l'escalier du bâtiment et la menacent de leur arme: "Amène- nous à Charlie Hebdo (...) On veut Charb (...) C'est Charb ou toi". Elle parle de son effroi, de sa sidération, des mots qui reviennent souvent: "Tout en moi était pétrifié". Et puis, la culpabilité qui l'assaille car elle a tapé le code qui a ouvert la porte des locaux de la rédaction aux deux assassins. "Et si j'avais appelé au secours? Et si j'avais essayé de m'enfuir? Et si je les avais poussés dans l'escalier? (...) Et si j'avais pas tapé ce putain de code? (...) Et si... Et si... Et si... Et si..." Dans cet ouvrage, Coco nous montre certes la vie du journal, ou les enjeux autour de la laïcité en France. Mais elle va surtout au fond de sa propre histoire et de sa douleur. Une douleur qu'elle nous montre comme cet océan bleu dans lequel elle se noie, ces vagues qui l'emportent sans qu'elle ne maîtrise rien et parfois le début d'autre chose, quelque chose de vert, de jaune et même de rouge: "Je retrouve le plaisir de marcher pieds nus dans l'herbe fraîche... Est-ce que je peux?" Quand ce rouge éclate, c'est la vie qui reprend ses droits. Et l'amour. Et la nécessité de dessiner. Encore. Un très beau livre.