La rentrée est très particulière cette année pour nos entreprises. D'abord, elles se retrouvent avec des pénuries de produits. Si vous êtes en train de construire une maison ou de l'aménager, vous en savez quelque chose. En effet, des tas de produits fabriqués en Asie manquent à l'appel et bien souvent leur prix a fortement augmenté. Dans certains cas, la hausse est à deux chiffres et les entreprises ne peuvent pas toujours répercuter cette hausse sur leurs clients finaux.
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La rentrée est très particulière cette année pour nos entreprises. D'abord, elles se retrouvent avec des pénuries de produits. Si vous êtes en train de construire une maison ou de l'aménager, vous en savez quelque chose. En effet, des tas de produits fabriqués en Asie manquent à l'appel et bien souvent leur prix a fortement augmenté. Dans certains cas, la hausse est à deux chiffres et les entreprises ne peuvent pas toujours répercuter cette hausse sur leurs clients finaux. Des doutes? Posez la question à un dirigeant du secteur des hypermarchés et il vous le confirmera avec des tas d'exemples, dont le lait bio pour n'en citer qu'un seul. Mais il est inutile de se lamenter. Après tout, il vaut mieux voir des entreprises crouler sous les bons de commande que de les voir dépérir à petit feu comme c'était le cas en pleine crise du covid.Outre cette pénurie de produits, il y a aussi une pénurie de talents pour certains métiers pointus ( data scientists, codeurs, ingénieurs, développeurs informatiques) et une pénurie de main-d'oeuvre de base. Les entreprises du bâtiment pleurent pour trouver des ouvriers qualifiés et les entreprises de transport ne savent plus où dénicher des camionneurs. Là encore, cette pénurie dans les métiers manuels n'est pas nouvelle, elle existait avant la pandémie, mais ce fichu virus n'a fait qu'accélérer cette demande pour des jobs que plus personne ne veut exercer chez nous. Et c'est là où le débat n'a pas vraiment démarré. Notre magazine en a d'ailleurs fait sa une la semaine dernière avec cet insupportable paradoxe qui met en balance, d'un côté, 170.000 emplois vacants et, de l'autre, 300.000 chômeurs. Plutôt que de fustiger les chômeurs ou les organismes chargés de caser ces personnes, je me demande s'il ne faut pas revenir à la source du problème. Le vrai souci aujourd'hui, ce sont les chômeurs de longue durée. Les études le montrent: passé six mois de chômage, il y a une érosion de notre capital humain, ce que les spécialistes appellent les soft skills. Autrement dit, nos compétences comportementales s'érodent au fur et à mesure de notre inactivité: nous ne savons plus arriver à l'heure, avoir confiance en nous ou simplement mener à bien un projet. Bref, nous perdons ce qui fait la base de la vie en entreprise. Et au passage, nous perdons l'essentiel, à savoir notre dignité. Inutile de dire que le chômage de longue durée est en soi une bombe sociale, pas assez mise en évidence par nos politiques. D'autant qu'une partie de ces chômeurs de longue durée ont disparu du radar et vouloir les former, c'est bien, mais encore faut-il les retrouver. En réalité, pour les métiers manuels, la vraie pénurie, c'est celle de l'envie! A force de dénigrer le travail manuel, de dire que seul le diplôme compte, nous avons dégoûté notre jeunesse de ces formations techniques. Pire encore, nous en avons fait des dépotoirs pédagogiques, pour reprendre l'expression un peu rude d'un chef d'entreprise. Aujourd'hui, ce discours volontaire ou involontaire de dénigrement des métiers manuels, nous le payons cash. Hier encore, nous avons pu masquer ce manque de bras et de talents par le recours à des mineurs italiens, ensuite des ouvriers du Maghreb, d'Afrique subsaharienne ou des plombiers polonais, mais aujourd'hui, cette immigration n'est plus acceptée par la population. Que faire? L'idéal serait de changer de curseur, de revaloriser ces métiers. D'expliquer qu'un métier manuel est aussi et même avant tout intellectuel. D'expliquer qu'un plombier ou un électricien gagne nettement mieux sa vie qu'un cadre de banque. La revalorisation est possible. La preuve? Le métier manuel qui a la cote de nos jours est celui de cuisinier. La raison? Des émissions comme Top Chef ont mis en avant d'autres facettes de cette profession. C'est Einstein qui disait que la folie consiste à faire et refaire les mêmes choses tout en espérant des résultats différents!