Le monde d'après, tout le monde en parle. Surtout dans les cénacles des beaux quartiers toujours friands de théories définitives du genre " si, si, je t'assure, demain, ce ne sera plus pareil ". Mais pour le citoyen, ce qui prime, c'est le monde d'aujourd'hui. En cette première semaine de déconfinement, que voit-il ? Des collaborateurs pas toujours enthousiastes à revenir sur le lieu de travail sans une garantie de protection à 100 %. Bref, la peur de la mort n'a pas disparu comme par enchantement.
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Le monde d'après, tout le monde en parle. Surtout dans les cénacles des beaux quartiers toujours friands de théories définitives du genre " si, si, je t'assure, demain, ce ne sera plus pareil ". Mais pour le citoyen, ce qui prime, c'est le monde d'aujourd'hui. En cette première semaine de déconfinement, que voit-il ? Des collaborateurs pas toujours enthousiastes à revenir sur le lieu de travail sans une garantie de protection à 100 %. Bref, la peur de la mort n'a pas disparu comme par enchantement. Le même citoyen dopé aux médias sociaux constate que le taux de chômage est en hausse, que les risques de faillites se font de plus en plus menaçants et que la récession est à nos portes. Et pendant ce temps, le même citoyen constate, éberlué, que la Bourse est en pleine forme. Le Nasdaq, l'indice des valeurs technologiques américaines, n'est d'ailleurs plus qu'à 8% de son record historique. A défaut d'avoir effacé les pertes historiques du mois de mars, la Bourse a fortement rebondi depuis son point le plus bas du 23 mars dernier. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Mais non, cher Monsieur, la Bourse joue son rôle d'anticipation. Elle a un coup d'avance sur nous, " simples mortels ". Les marchés financiers partent du principe que les banques centrales ont joué leur rôle, que les gouvernements également et que la reprise se fera au plus tard pour la rentrée, en septembre. Et les entreprises et les indépendants qui resteront sur le carreau d'ici là ? Mais cher Monsieur, c'est le retour de Darwin. La Bourse mise sur les forts. Elle anticipe que les faibles seront balayés et que les forts seront encore plus forts. Mais entre nous, cette histoire d'anticipation est-elle plausible ? Si on regarde les prix du pétrole, la réponse est non. La croissance est à l'arrêt en Europe et aux Etats-Unis. La Chine ? Le redémarrage est poussif car les clients de l'empire du Milieu sont encore à l'arrêt ou à la peine. D'autres commentateurs avisés - l'analyste financier français Philippe Béchade, par exemple - pensent même que les indices boursiers ont été dopés la semaine dernière par des rumeurs savamment orchestrées par des initiés et sous-entendant que la banque centrale américaine pourrait instaurer des taux négatifs si la situation économique l'exige. Diable ! Des taux négatifs aux Etats-Unis, comme dans la vieille Europe ? Il n'en fallait pas plus pour que les actions de la grande distribution - et même celles des casinos et des croisiéristes - reprennent de belles couleurs. Normal, des taux négatifs découragent l'épargne et stimulent la consommation, indique Philippe Béchade dans sa lettre d'information Béchade confidentiel. C'est tout bénéfice pour les distributeurs. Quant aux casinos et croisiéristes, cela permet à leurs propriétaires de gagner du temps en rendant plus supportable leur endettement. Je ne sais vraiment pas si le " monde d'après " sera différent ou pas, mais ces rumeurs sur les taux d'intérêt négatifs montrent que l'appât du gain n'a pas disparu. D'ailleurs, le citoyen confiné a redécouvert le plaisir du boursicotage si l'on en croit les chiffres d'Euronext. Les " initiés " qui étaient à l'achat la semaine dernière s'en réjouissent. Les " novices " seront là pour leur racheter leur came périmée si les choses tournent mal. Les pauvres " novices " pensent aller à l'abreuvoir mais en réalité, ils vont à l'abattoir. Mais chut ! Promis juré, le " monde de demain " sera différent...