Le président américain Donald Trump n'a manifesté que peu d'intérêt pour ce conflit qui, depuis 2001, a coûté la vie à 2.400 Américains. Qualifiant cette guerre de " stupide ", il a affirmé qu'il pourrait, s'il le voulait, la gagner " en une semaine ", au prix de 10 millions de morts. Mais il préfère se désengager afin de pouvoir se vanter d'avoir mis fin à la guerre avant la prochaine élection présidentielle, en novembre.
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Le président américain Donald Trump n'a manifesté que peu d'intérêt pour ce conflit qui, depuis 2001, a coûté la vie à 2.400 Américains. Qualifiant cette guerre de " stupide ", il a affirmé qu'il pourrait, s'il le voulait, la gagner " en une semaine ", au prix de 10 millions de morts. Mais il préfère se désengager afin de pouvoir se vanter d'avoir mis fin à la guerre avant la prochaine élection présidentielle, en novembre. L'émissaire de Trump en Afghanistan, le diplomate d'origine afghane Zalmay Khalilzad, a passé le plus clair de l'année 2019 à faire la navette entre Washington, Doha et Kaboul pour négocier un accord de paix avec les talibans, ce à quoi Washington se refusait depuis des années. En septembre, l'accord était à deux doigts d'être signé : les Etats-Unis retireraient l'essentiel de leurs troupes d'Afghanistan, ne laissant sur place qu'un petit effectif pour protéger son ambassade et appuyer les opérations de renseignement. En contrepartie, les talibans s'engageaient à empêcher que l'Afghanistan redevienne une base arrière des organisations terroristes internationales et à ouvrir le dialogue, d'une manière ou d'une autre, avec le gouvernement de Kaboul soutenu par l'Occident. Mais un peu plus d'une semaine avant le 18e anniversaire de l'attentat du 11 septembre 2001, Trump a annoncé sur Twitter qu'il rompait les négociations. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il avait pourtant prévu d'inviter les talibans et le président afghan Ashraf Ghani à Camp David pour célébrer l'accord de paix. Mais un attentat taliban à Kaboul qui a fait une douzaine de victimes, dont un soldat américain, l'a fait changer d'avis. Le gouvernement afghan s'affaiblit jour après jour. L'armée de terre, quoique généreusement financée, dépend plus que jamais de l'appui des forces aériennes pour empêcher les talibans de s'emparer des grandes villes. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles, au cours du premier semestre 2019, pour la première fois depuis des années, les forces américaines et leurs alliés afghans ont tué davantage de civils que les talibans. Ghani se cherche désespérément une légitimité. Lors du scrutin présidentiel du 28 septembre, entaché de nombreuses irrégularités, seuls 2,7 millions d'électeurs sur les 9,6 millions inscrits se sont rendus aux urnes. Deux mille bureaux de vote sont restés fermés et, dans de nombreux autres bureaux, les appareils biométriques ne reconnaissaient pas les cartes d'électeurs. Ashraf Ghani et son principal adversaire, Abdullah Abdullah, ont tous deux revendiqué la victoire. L'inlassable Zalmay Khalilzad poursuit cependant les pourparlers avec les talibans. Un accord est encore possible. Mais, mois après mois, les talibans gagnent en pouvoir. Si Trump a réellement l'intention de retirer ses troupes, ils pourraient décider de mettre les bouchées doubles pour arracher une victoire totale... auquel cas, ce pourrait n'être que le début de la phase la plus meurtrière de la guerre.