Il fut un temps où, en reportage ou en vadrouille, il fallait s'équiper d'un boîtier lourd et encombrant avec sa panoplie d'objectifs pour avoir plusieurs angles de vue. Au reflex les clichés exigeants, les prises de vue travaillées, la liberté créatrice... mais à condition de passer par un véritable apprentissage, tant technique qu'artistique. Fatalement, le poids, le volume et la technicité de ces appareils en ont découragé plus d'un(e), brisant peut-être des milliers de vocations. Et les plus tenaces portent encore les stigmates de ces journée passées avec l'appareil accroché autour du cou.
...

Il fut un temps où, en reportage ou en vadrouille, il fallait s'équiper d'un boîtier lourd et encombrant avec sa panoplie d'objectifs pour avoir plusieurs angles de vue. Au reflex les clichés exigeants, les prises de vue travaillées, la liberté créatrice... mais à condition de passer par un véritable apprentissage, tant technique qu'artistique. Fatalement, le poids, le volume et la technicité de ces appareils en ont découragé plus d'un(e), brisant peut-être des milliers de vocations. Et les plus tenaces portent encore les stigmates de ces journée passées avec l'appareil accroché autour du cou. Cette ère est révolue. Car depuis une petite décennie, les modèles d'appareils photo apparemment les mieux armés pour affronter l'avenir sont ceux qui ont investi dans la légèreté. Volumes réduits en surface, technologies de pointe à l'intérieur : les " hybrides ", terme auquel il faudrait préférer celui d'" appareil photo compact à objectifs interchangeables ", sont en train de tuer le passé. Dopés à l'intelligence artificielle pour optimiser les réglages, ultra-silencieux, avec débrayage manuel dans certains cas : leurs performances sont telles qu'ils n'ont plus à rougir face aux appareils experts, dont ils gardent les codes esthétiques du siècle dernier. Leur philosophie ? " Je vais à l'essentiel : prendre de bonnes photos. Mais avec le moins de complications possible. " Après des débuts poussifs, ces appareils hybrides jouissent donc désormais d'un beau succès : la technologie s'est améliorée, les prix ont chuté. Et si les consommateurs prennent majoritairement leurs photos sur smartphone, ce qui les a éloignés des appareils compacts, les hybrides répondent à un nouveau besoin : celui d'un appareil d'une maniabilité similaire aux compacts mais d'une qualité d'image identique à celle des reflex. " C'est une manière de ne pas tromper l'utilisateur et de le ramener à une pratique instinctive, explique André Beuckelaere, technical advisor chez Fujifilm Europe. Si hybride veut dire 'le meilleur des deux mondes', alors je suis d'accord avec le nom. Il porte un message limpide : ne pas perdre du temps avec de multiples réglages ou navigations dans un menu. " Le succès depuis trois ans de la série X de Fujifilm atteste de la pertinence de cette stratégie du less is more. Finitions, ergonomie, adaptabilité... Les hybrides ont en effet tout de l'appareil reflex professionnel. Seules différences : leur taille de guêpe, leur poids et leur visée. Car contrairement aux reflex, les hybrides ont troqué la visée optique contre un viseur électronique couleur, à l'image des caméscopes. Une hérésie, estiment les puristes... Une évolution nécessaire, plaide la raison. Car l'arrivée de viseurs de plus en plus précis et de plus en plus fidèles à la réalité pourrait bien enfoncer le clou. L'hybride présente ainsi une série d'avantages : la prévisualisation de l'image dans le viseur telle qu'elle sera capturée, l'incrustation d'informations additionnelles de prise de vue dans l'oeilleton ou encore le déclenchement électronique totalement silencieux... comme le smartphone. Les progrès sur ce marché ont été très significatifs ces dernières années et bien des professionnels choisissent dorénavant ces boîtiers de taille réduite, capables de se rendre plus discret en street photography et bien plus réactif en bordure d'un terrain de foot. Sur le marché des appareils photo haut de gamme, les hybrides sont ainsi devenus extrêmement populaires, surtout depuis que leur capteur est devenu " plein format " ( full frame en anglais). Pionnier, Sony est l'un des premiers à avoir investi dans ce domaine... dès 2013. La troisième génération des Sony A7 connaît d'ailleurs un tel succès que leur vente aux Etats-Unis surpasse désormais n'importe quel autre reflex. Le plein format, appelé aussi 24x36, est la référence des photographes professionnels depuis le milieu du 20e siècle. Il a été créé en 1924 par Oskar Barnack, l'ingénieur qui a mis au point les premiers appareils photo Leica, à partir d'un film de 35 mm conçu pour le cinéma. Plus grand que les capteurs APS-C (15x23 mm) et 1 pouce (8,8x13,2 mm) utilisés couramment sur les appareils photo, le capteur 24x36 capte davantage de détails et offre la possibilité de créer de superbes flous artistiques. Il aura fallu attendre 2018 pour que les leaders du marché, Nikon et Canon, lancent à leur tour l'offensive. Nikon a dégainé le premier en annonçant, à la fin de l'été dernier, l'arrivée de deux modèles full frame (Z6 et Z7), qui se distinguent essentiellement par leurs capteurs : le premier affiche 24,5 millions de pixels et le deuxième grimpe jusqu'à 45,7 millions de pixels. Même le grand Canon, roi du reflex, après avoir attendu de longues années, s'est résigné à dévoiler son premier hybride plein format, l'EOS R. Un seul boîtier pour le moment, équipé d'un capteur de 30.3 millions de pixels. A peine sortis, ces appareils doivent affronter une concurrence dominée par Sony (avec ses Alpha), Fujifilm (avec ses X) ou encore Olympus (avec ses OM-D), auxquels vient s'ajouter un nouveau partenariat entre Leica, Panasonic et Sigma. Baptisé L-mount Alliance (l'alliance Monture L), cette association consiste à rendre toutes les optiques de ces marques compatibles entre elles. Déjà, lors du salon Photokina à Cologne, Panasonic a annoncé la sortie de ses deux premiers hybrides plein format, le S1 et le S1R équipés respectivement d'un capteur de 24 et 47 millions de pixels. Panasonic prévoit de lancer au moins 10 nouveaux objectifs d'ici 2020, auxquels s'ajoutent ceux de Sigma et les six optiques Leica L déjà commercialisées. L'offre devrait donc être pléthorique à court ou moyen terme. D'ici là, il faudra suivre les manoeuvres de Fujifilm qui s'est déjà taillé un beau succès avec sa large gamme d'hybrides X-series et leurs capteurs APS-C (plus petit que le plein format). Or, le fabricant vient de dévoiler son GFX100, un hybride équipé d'un très grand capteur " moyen format " de 102 millions de pixels, doté d'un autofocus à corrélation de phase et d'une stabilisation sur cinq axes. Avec ses 102 mégapixels, il s'agit là de la plus large résolution jamais offerte par un appareil hybride. Ce type de capteur, capable de produire de très grandes images, équipe habituellement de gros appareils très coûteux comme ceux de la célèbre marque Hasselblad (de 10.000 à plus de 35.000 euros) destinés à la photographie de studio, notamment pour la publicité. Or, le GFX100, beaucoup plus compact que les appareils de cette catégorie, se révèle aussi redoutable en studio qu'en extérieur. Un nouveau monde s'ouvre aux photographes. Fujifilm souhaite d'ailleurs imposer une nouvelle dénomination avec " large format ", soit format large ou grand format en français. Le tout, dans un boîtier presque rikiki.