Certains Schaerbeekois pourraient penser que leur commune sert de zone d'essai pour une voiture autonome : ils voient régulièrement circuler une Skoda Octavia au toit doté d'un large boîtier rempli de caméras, semblable à celui surmontant les prototypes des " Google cars ". Il s'agit en réalité d'une voiture qui contrôle le stationnement en scannant les plaques : une scan car. Cette scan car offre une façon très rapide d'identifier les véhicules ne respectant pas les règles du stationnement autorisé et qui risquent, dès lors, d'être invités à payer la redevance de 25 euros (forfait d'une demi-journée).
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Certains Schaerbeekois pourraient penser que leur commune sert de zone d'essai pour une voiture autonome : ils voient régulièrement circuler une Skoda Octavia au toit doté d'un large boîtier rempli de caméras, semblable à celui surmontant les prototypes des " Google cars ". Il s'agit en réalité d'une voiture qui contrôle le stationnement en scannant les plaques : une scan car. Cette scan car offre une façon très rapide d'identifier les véhicules ne respectant pas les règles du stationnement autorisé et qui risquent, dès lors, d'être invités à payer la redevance de 25 euros (forfait d'une demi-journée). Pour l'heure, cette voiture scanne les véhicules en zone bleue (stationnement gratuit mais limité dans le temps, avec disque) et en zone rouge (stationnement payant), cette dernière comptant près de 1.000 emplacements. La scan car peut contrôler 15.000 véhicules par jour, 10 fois plus qu'un steward. A Schaerbeek, elle détecte quotidiennement environ 700 autos en délicatesse avec les règles de stationnement. Elle est le parfait exemple de l'évolution de plus en plus technologique de la gestion du stationnement. La lecture des plaques est automatique et la scan car n'envoie au serveur (situé dans le coffre) que les numéros et photos des voitures visiblement en infraction.Avec Charleroi, qui a adopté un dispositif similaire, Schaerbeek est une pionnière de ce type de contrôle en Belgique. La scan car y est opérée par la société Rauwers, spécialisée dans les services aux communes (horodateurs, gestion du stationnement, équipement de véhicules de police, etc.). L'entreprise familiale, née en 1919, a réalisé un chiffre d'affaires consolidé de 35 millions d'euros l'an dernier. " A Amsterdam, il y a neuf véhicules de ce genre qui contrôlent le stationnement ", explique Pablo Rauwers, l'administrateur délégué qui a été chercher la scan car chez un fournisseur néerlandais. En Belgique, d'autres communes que Schaerbeek et Charleroi s'intéressent aussi au véhicule. Ce contrôle plus serré ne fera pas que des heureux, mais les communes sont confrontées à la pression sur le stationnement. Le bourmestre carolo, Paul Magnette, a dû multiplier les horodateurs. A Bruxelles, la situation est tendue : " Nous comptons environ 265.000 places de stationnement réglementées sur le voie publique mais en comptant les Bruxellois et les navetteurs, il y a plus de 600.000 autos dans la ville ", avance François Robert, porte-parole de l'Agence du stationnement de la Région de Bruxelles-Capitale. Les riverains et les commerçants mettent la pression sur les élus pour chasser les voitures ventouses, quitte à rendre la vie plus difficile aux automobilistes. Pour tenter de maîtriser cet exercice d'allocation optimale des ressources de stationnement sur la voie publique, les communes ont multiplié les zones de stationnement payant (en zone commerçante, jusque 2 euros par heure à Bruxelles ou 1,5 euro à Liège), les zones bleues (stationnement gratuit limité dans le temps), les cartes de riverains et les abonnements. Avec une faille : la mise en oeuvre. Le contrôle, exigeant en main-d'oeuvre, n'est pas systématique. Beaucoup d'automobilistes s'en sont rendu compte et font le pari de pas payer, prenant le risque de se voir infliger de temps à autre une redevance (on ne parle plus d'amende car la matière est dépénalisée). Le développement du stationnement réglementé a créé un marché pour divers types de prestataires, comme Rauwers qui propose à la fois du matériel et du service, ou Indigo et Apcoa Parking, qui sont plutôt des gestionnaires de parkings. Ces prestataires proposent tous aux communes de gérer le stationnement de rue. A Bruxelles, la Région a mis sur pied une Agence du stationnement pour mieux coordonner cette compétence communale ( lire l'encadré " L'agence qui unifie " ). Au fur et à mesure que les horodateurs sont remplacés, ceux-ci deviennent de plus en plus technologiques. Les dernières générations imposent d'encoder la plaque d'immatriculation afin d'alimenter la base de données, facilitant ainsi le contrôle par des stewards - dotés de terminaux mobiles - ou par des scan cars. Pour l'automobiliste, l'avantage est qu'il ne doit plus revenir à son véhicule pour déposer le ticket sous le pare-brise. Aux Pays-Bas, cela fait longtemps que les horodateurs avec encodage de la plaque sont généralisés. " Comme ils entraînaient parfois des files devant les appareils, les automobilistes se sont vite mis à utiliser des applications pour smartphone afin de payer leur stationnement ", précise Pablo Rauwers, qui espère bien que les Belges suivront cette tendance. Sa société propose aux communes Yellowbrick, une appli conçue aux Pays-Bas (1). Elle peut déjà être utilisée dans 26 communes en Belgique, dont huit à Bruxelles. Mais il existe d'autres applications sur le marché, comme Parkmobile, Whoosh ou OPnGO. Toutes ces applis, qui sont supposées succéder au paiement par SMS, connaissent un succès mitigé. Le problème, c'est qu'il faut changer d'appli selon la commune. Fin 2017, l'Agence du stationnement de la Région bruxelloise a donc lancé BIPaSS, une plateforme commune pour rendre les applications interopérables. Une seule appli, désormais, suffira pour payer partout dans la Région. " Cela fonctionne déjà sur deux communes : Anderlecht et Molenbeek, explique François Robert. D'autres grandes communes devraient rejoindre cette plateforme en mars. " Dans le futur, l'usage d'un smartphone devrait faciliter le paiement du stationnement, quel que soit le modèle d'horodateur de la commune : la plaque sera encodée une fois pour toute dans l'appli et seul le temps effectif du stationnement sera compté... et payé. Le principe d'une plateforme d'interconnexion prévaut déjà à Anvers et à Gand. Aux Pays-Bas, il n'existe que deux systèmes permettant de payer le stationnement sur la voie publique. Les automobilistes peuvent payer quasiment partout avec l'application de leur choix : 600.000 clients ont ainsi choisi Yellowbrick. En Belgique, l'ouverture du marché devrait entraîner une course entre les applications, en particulier celles plus spécifiquement conçues pour les entreprises et les indépendants. Pour des raisons de comptabilité, ceux-ci préfèrent en effet une facture périodique globale, plutôt que des montagnes de tickets. Le taux de paiement " dématérialisé " du stationnement devrait grimper. Pour l'heure, il n'arrive qu'à 10 % dans la capitale (SMS et applis) et 30 % à Anvers. Les nouveautés technologiques devraient profiter les unes aux autres, le contrôle par scan car, par exemple, encourageant l'usage d'applis. Un engouement qui devrait se révéler progressif car le contrôle par voiture est encore en phase de rodage. Il ne fonctionne que pour les zones bleues et là où il existe une base de données de véhicules en règle (avec des cartes de riverain ou des horodateurs à encodage de plaques d'immatriculation). Les bases de données sont encore embryonnaires. Ainsi, pour les zones bleues, la voiture doit passer deux fois à deux heures d'intervalle pour identifier les véhicules qui ont dépassé le délai de stationnement autorisé (deux heures). " Le contrôle s'effectue jusqu'à 21 h à Schaerbeek, explique Denis Grimberghs, échevin de la Mobilité et des Finances. Mais il faut encore envoyer un steward pour vérifier si certains véhicules relevés ne bénéficient pas d'une autorisation particulière, comme une carte de handicapé ou d'invité. " Ces " exceptions " ne figurent pas (encore) dans une base de données, ce qui ne permet pas encore de totalement automatiser le contrôle. Les communes attendent-elles de ces technologies des revenus supplémentaires ? Pas sûr, car les recettes des redevances forfaitaires de 25 euros pourraient s'effondrer. " Nous n'avons pas d'objectif budgétaire, assure Denis Grimberghs. Pour Schaerbeek, la recette nette du stationnement, y compris les cartes de riverains, se situe environ à 4 millions d'euros, la recette brute (avant frais) à 9 millions, sur un budget communal total de 246 millions. " La commune ne pourrait de toute façon pas renoncer au dispositif payant, même si elle gagnait à l'Euromillion, faute de quoi les voitures ventouses se multiplieraient partout. Les incitants négatifs sont nécessaires afin de gérer le stationnement. " Souvent, ce sont les citoyens qui nous demandent d'intervenir, qui considèrent qu'il n'y a pas assez de contrôles, en particulier dans les zones vertes où il faut une carte de riverain ", poursuit Denis Grimberghs. Les communes craignent moins l'impopularité des horodateurs. Habituellement, les ventes s'effondrent pendant les années d'élections. " Ce ne sera pas le cas cette année, relève Pablo Rauwers. Charleroi, par exemple, a commandé 250 horodateurs à installer cette année autour de la gare. Et du côté de Marcinelle, les habitants se plaignent des voitures de navetteurs qui restaient parquées toute la journée. " En théorie, les horodateurs pourraient disparaître, puisque les smartphones peuvent les remplacer. D'ici une dizaine d'années ? Personne n'ose un tel pronostic car des réticences perdurent: tout le monde n'utilise pas encore un smartphone. Les communes peuvent toutefois tenter de passer en force, avec le risque de se mettre à dos les électeurs. Pour mesurer la difficulté de la décision, il suffit de voir la polémique créée par les nouveaux horodateurs de la ville de Bruxelles car ils n'acceptent plus les pièces de monnaie mais uniquement les cartes de paiement, pourtant très répandues... Même aux Pays-Bas, où l'on ne craint pas d'imposer les innovations aux usagers, on remarque un plafond pour le paiement par téléphone (environ 70 % des transactions). " Il restera sans doute encore longtemps des horodateurs, mais en quantité moindre ", conclut Pablo Rauwers. L'arrivée des scan cars va-t-elle réduire les effectifs de stewards ? A priori, on pourrait le penser. " Mais je ne le crois pas, soutient François Robert, porte-parole de l'Agence du stationnement. Les stewards seront réaffectés à d'autres tâches importantes, moins exposées au comportement agressif de certains automobilistes. "