Le New York eighties ? On y passe en tout début de décennie, sans croiser Haring mais en voyant Jean-Michel Basquiat, le surdoué peintre créole, qui gagne encore sa vie comme portier au Mudd Club, où l'on programme des artistes à la John Cale sur le coup de deux heures du matin. La ville est encore " sale et dangereuse " , proche d'une faillite économique qui engendrera les délires monétaires de Wall Street ( sky is the limit, le ci...

Le New York eighties ? On y passe en tout début de décennie, sans croiser Haring mais en voyant Jean-Michel Basquiat, le surdoué peintre créole, qui gagne encore sa vie comme portier au Mudd Club, où l'on programme des artistes à la John Cale sur le coup de deux heures du matin. La ville est encore " sale et dangereuse " , proche d'une faillite économique qui engendrera les délires monétaires de Wall Street ( sky is the limit, le ciel est la limite) mais elle pousse aussi aux plus grandes audaces artistiques. Soho et ses lofts ne sont pas encore un quartier de millionnaires ni Brooklyn, une zone branchée... Big Apple, excitante et incertaine, défie le reaganisme comme un poste avant- gardiste du libéralisme à l'américaine. Et puis arrive ce jeune gars, Keith Allen Haring, débarqué de sa Pennsylvanie industrielle en 1978 : étudiant en arts visuels, influencé par tout le patrimoine américain, de Jackson Pollock aux grapheurs rap, mais aussi par le peintre sculpteur français Jean Dubuffet et même par notre compatriote Pierre Alechinsky. Avec, au passage, un intérêt marqué pour son travail de la part d'Andy Warhol, toujours dans les starting-blocks lorsqu'il pressent une future célébrité. De tout cela, Keith Haring conçoit un trait pictural enfantin mais plus qu'adulte quant à la nature du message, engagé, politisé, sexualisé. Les créatures d'Haring sont comme des cartoons qui, initialement, s'affichent partout où c'est possible : cela commence dans les rues, le métro, les squats... mais quand la sauce visuelle commence à prendre, les galeries comprennent la potentielle monétarisation de ces icônes ludiques. Keith Haring incarne l'art américain, celui de la contre-culture avouée qui va très vite faire saigner le dollar. Alors, les motifs récurrents de l'artiste - ses bébés, ovnis, animaux et humains pris dans le clubbing - ne sont pas loin des jeux vidéos balbutiants de l'époque. Une forme de naïveté graphique qui traduit une réalité nettement moins pacifique : notamment celle du sida, qui finira par avoir la peau de l'artiste, emporté par la maladie le 16 février 1990 alors qu'il n'avait pas encore 32 ans.