La mode du Black Friday n'affecte pas que les commerçants. Les soldes sont également en Bourse. Vendredi 23 novembre, jour officiel du Black Friday, la Bourse américaine a fait grise mine. Et dans son sillage, les autres Bourses ont suivi le même mouvement de déprime. Où que l'on porte son regard, c'est la désolation. Les pays émergents ? Ils ont perdu 30 %. L'action Renault ? Perte de 40 % à cause de l'affaire Carlos Ghosn. Le pétrole ? Moins 30 % à cause des tweets présidentiels et du ralentissement de la croissance mondiale. Le bitcoin ? Moins 75 %, mais là, l'effet toboggan est presque normal.
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La mode du Black Friday n'affecte pas que les commerçants. Les soldes sont également en Bourse. Vendredi 23 novembre, jour officiel du Black Friday, la Bourse américaine a fait grise mine. Et dans son sillage, les autres Bourses ont suivi le même mouvement de déprime. Où que l'on porte son regard, c'est la désolation. Les pays émergents ? Ils ont perdu 30 %. L'action Renault ? Perte de 40 % à cause de l'affaire Carlos Ghosn. Le pétrole ? Moins 30 % à cause des tweets présidentiels et du ralentissement de la croissance mondiale. Le bitcoin ? Moins 75 %, mais là, l'effet toboggan est presque normal. En revanche, phénomène étonnant, les Gafa - Google, Apple, Facebook et Amazon - ont aussi piqué du nez et n'ont pas joué leur rôle de valeurs refuges. Mille milliards de dollars se sont évaporés en quelques semaines. A titre individuel, les pertes de valeur boursière se situent entre 20 et 40 % par rapport à leur cours le plus haut. Les Gafa en berne, c'est à la fois intriguant et inquiétant. Intriguant, car pourquoi les investisseurs brûlent-ils ainsi ce qu'ils ont adoré pendant des années ? Inquiétant, car les valeurs Gafa pèsent à elles seules 2.500 milliards de dollars, soit plus que toutes les valeurs cotées sur la Bourse de Paris ou de Francfort. Autrement dit, quand ces valeurs se portent mal, elles entraînent les indices boursiers dans le rouge. La raison de cette automaticité ? Ces actions technologiques figurent en bonne place dans presque tous les portefeuilles indiciels (qui dupliquent un indice comme le nom l'indique). Résultat ? Comme les investisseurs utilisent les mêmes logiciels et ont les mêmes réflexes, quand sonne l'heure de la prise de bénéfice, l'effet moutonnier joue à plein : les investisseurs vendent au même moment... les mêmes actions. Reste à s'interroger : pourquoi ce désamour pour ces valeurs technologiques hier encore adulées ? Il y a d'abord des raisons particulières. Pour Apple, par exemple, c'est le ralentissement du marché des smartphones et la décision prise par la direction d'Apple de ne plus dévoiler les chiffres de ventes de ses iPhone en 2019. Au-delà du fait que le marché n'aime pas être aveugle, les investisseurs s'interrogent sur la durabilité du modèle économique d'Apple. Pour Facebook, c'est la diminution du nombre d'usagers en Europe et sa stagnation aux Etats-Unis. Pour Amazon, c'est le ralentissement des ventes en ligne y compris pour son service Amazon Prime. Voilà brossées à grands traits les raisons particulières. Mais quid des raisons plus générales ? La principale, ce sont les taux d'intérêt. Ils sont en train de remonter aux Etats-Unis et c'est en soi une mauvaise nouvelle pour le marché des actions. Motif ? Entre 2006 et 2016, les taux d'intérêt n'ont fait que baisser pour atteindre un seuil plancher de 0 %. A l'époque, pour un investisseur en quête de rendement, la Bourse était la seule alternative. La plupart des gérants de fonds ont cherché ces rendements auprès des Gafa car ce sont des valeurs à forte croissance avec souvent un monopole ou duopole sur leurs marchés. Le pari sur les Gafa a été ultra-gagnant pendant des années. Enfin, jusqu'à il y a quelques semaines. Pourquoi ce changement d'attitude ? Mais parce que les gestionnaires de fond se rendent compte qu'avec des taux d'intérêt à 3 % aujourd'hui aux Etats-Unis, le marché action n'est plus la seule alternative. Nous tournons donc la page de la période TINA ( There Is No Alternative). Puis, n'oublions pas la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. A l'heure actuelle, elle ne semble pas se régler à l'amiable. D'où la peur des investisseurs car l'Asie est un relais de croissance important pour les Gafa. Si demain Donald Trump décide d'interdire l'exportation de technologies sensibles comme la reconnaissance vocale ou des technologies liées aux voitures autonomes, le coup sera dur pour les Gafa. Quant à la question de savoir si ce massacre en Bourse va perdurer, tous les spécialistes bottent en touche. Normal, à part quelques spéculations, ils sont dans le brouillard comme vous et moi. La seule certitude, c'est qu'en 2019, être en Bourse et bien dormir risque d'être incompatible.