Les Jeux olympiques auront-ils lieu au Japon comme prévu? La question reste en suspens. Une chose est sûre: la Belgique détient depuis 20 ans la médaille d'or de l'impôt sur les revenus le plus élevé d'Europe. La plupart des lecteurs se diront probablement qu'il n'y a rien de bien nouveau sous le soleil. Et c'est précisément là que réside le danger: on s'habitue à tout. "Die Wüste wächst: weh Dem, der Wüsten birgt (*)" écrivait Nietzsche dans Ainsi parla Zarathoustra.
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Les Jeux olympiques auront-ils lieu au Japon comme prévu? La question reste en suspens. Une chose est sûre: la Belgique détient depuis 20 ans la médaille d'or de l'impôt sur les revenus le plus élevé d'Europe. La plupart des lecteurs se diront probablement qu'il n'y a rien de bien nouveau sous le soleil. Et c'est précisément là que réside le danger: on s'habitue à tout. "Die Wüste wächst: weh Dem, der Wüsten birgt (*)" écrivait Nietzsche dans Ainsi parla Zarathoustra. Les Belges, passablement résignés, remplissent docilement leur déclaration d'impôt. Les hommes politiques font preuve, eux aussi, d'une certaine indifférence. "Comment réduire la charge fiscale quand l'endettement a atteint de tels sommets?", disent-ils. De fait, leurs prédécesseurs n'ont cessé d'accumuler les dettes au cours des deux dernières décennies du 20e siècle. "Les crimes collectifs n'engagent personne", affirmait Napoléon. De nombreux économistes qui ne souhaitent pas être vus comme des empêcheurs de tourner en rond assurent que ces dettes fondront comme neige au soleil. Détrompez-vous, chers collègues: les dettes ne sont pas apparues spontanément, pas plus qu'elles ne disparaîtront spontanément. C'est l'évidence même: qui dépense plus qu'il ne gagne finit par s'endetter. En 1973, la dette publique s'élevait à 50% du produit intérieur brut (PIB). La Belgique se conformait alors aux critères de Maastricht (déficit public de 60% du PIB maximum) définis ultérieurement à l'occasion du lancement de l'euro. Mais le dangereux cocktail de déficit public et d'intérêts élevés a fait en sorte que 10 ans plus tard, en 1983, la dette publique atteignait 109%. Du fait de cette mauvaise gouvernance pendant toute une décennie, la Belgique n'a jamais réussi à remonter la pente en dépit de tous les plans d'épargne et d'imposition. En 2019, à la veille de la crise du coronavirus, la dette publique s'élevait encore à 98% du PIB. Ajoutez-y les 35 milliards de dépenses spéciales corona et vous obtenez un déficit budgétaire de 115%. Bref, notre pays est le champion toutes catégories de la rapidité d'endettement mais le dernier de la classe pour ce qui est du désendettement. Fiscalement, les Belges sont les plus mal lotis de tous les pays européens, selon les estimations de l'OCDE. Par exemple, le célibataire belge paie plus que le double de son homologue suisse (51,5% contre 22,1%). Le couple belge avec enfants paie quasi trois fois plus que le couple helvète (43,4% contre 15,2%). Si seulement on pouvait trouver une certaine consolation dans les effets redistributifs des impôts. La Belgique est le seul pays de l'UE où la contribution de la classe moyenne à l'économie est inférieure à sa contribution aux recettes fiscales. La classe moyenne paie 76% de l'ensemble de la charge alors qu'elle ne représente que 72% de l'économie. Il y a donc des transferts tant vers les moins nantis que vers les plus nantis. Autrement dit, la classe moyenne paie les pots cassés. La consolation ne se trouve pas non plus dans l'assurance que ces fonds seront bien utilisés. En pourcentage du PIB, notre administration coûte 23% plus cher que la moyenne dans les pays de l'OCDE, notre enseignement 23% et notre sécurité sociale 40%. Si l'on tient compte du taux d'efficacité extrêmement faible de la Belgique dans ces domaines, force est de constater qu'on n'est pas près de sortir de l'impasse. La confiance du citoyen dans le gouvernement laisse elle aussi sérieusement à désirer. La Pologne est le seul pays d'Europe où la confiance est encore plus faible. Or, la confiance est indispensable pour initier le prompt rétablissement de l'économie. Si l'on fait supporter la facture de la crise sanitaire à la classe moyenne, épine dorsale de notre économie, le redressement risque d'être plus lent en Belgique que dans les pays voisins.