Malgré la crise sanitaire qui n'en finit pas, il est temps de recommencer peu à peu à surveiller le baromètre économique. Celui-ci, sans surprise, n'est pas au beau fixe. De violents orages, dont tout porte à croire qu'ils feront des ravages essentiellement dans la classe moyenne, s'annoncent.
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Malgré la crise sanitaire qui n'en finit pas, il est temps de recommencer peu à peu à surveiller le baromètre économique. Celui-ci, sans surprise, n'est pas au beau fixe. De violents orages, dont tout porte à croire qu'ils feront des ravages essentiellement dans la classe moyenne, s'annoncent. L'inflation fait son grand retour. Pour les années 2021-2022, elle est estimée à 5,1%. Or, en Europe, deux pays continuent à convertir automatiquement, et intégralement, les hausses des étiquettes en relèvements salariaux: la Belgique et le Luxembourg, le plus riche des pays du Vieux Continent. D'après la Banque nationale, les augmentations de salaire pourront aller jusqu'à 4,5% en 2022, soit des accélérations trois fois plus rapides que dans les pays voisins, et les plus marquées depuis 25 ans. Conjugués à l'envolée des prix des matières premières, ces relèvements automatiques engendreront de nouvelles poussées inflationnistes qui nous feront retomber dans une spirale infernale bien connue. Si des pays comme la France, le Danemark et l'Italie se sont affranchis du régime d'indexation automatique, les syndicats belges refusent d'en envisager l'idée. Pour le président de la FGTB, Thierry Bodson, toute modification du système serait même "une véritable déclaration de guerre". La Belgique étant redevenue compétitive, le syndicat va jusqu'à estimer superflue la loi qui limite l'évolution du coût salarial à celle des Pays-Bas, de l'Allemagne et de la France. Compétitive, vraiment? La Belgique n'occupe en réalité que la 24e place du classement mondial des pays les plus compétitifs, alors qu'elle était en 18e position il y a 10 ans et que les nations qui lui sont comparables tournent autour de la 15e place. Savez-vous pourquoi tant de commandes virtuelles sont livrées depuis les Pays-Bas? Parce que chez nous, la réglementation en cas de travail de nuit (interdit sauf exceptions) est si contraignante et les coûts salariaux si élevés (20% de plus que dans les pays voisins) que nous avons globalement raté le train de l'e-commerce. Résultat: 65% des Belges commandent dans d'autres pays de l'Union, contre 27% pour les Néerlandais, affirme l' E-commerce report 2021. C'est du reste toute la réglementation du travail qui compte parmi les plus rigides d'Europe (notre pays occupe la 114e place de l'indice des embauches et licenciements) et qui doit donc faire l'objet d'une réforme urgente. Même la France, pourtant connue pour son manque de souplesse en la matière, s'en sort mieux: elle est 90e. Savez-vous par ailleurs pourquoi la Belgique compte toujours tant de chômeurs alors que les emplois vacants n'ont jamais été aussi nombreux? Parce qu'à cause de la fiscalité sur le travail, la plus pénalisante d'Europe depuis deux décennies, travailler rapporte à peine plus que ne pas travailler. Mais le chômage n'est qu'un mécanisme provisoire destiné à soutenir l'allocataire pendant sa recherche d'emploi, fera remarquer le lecteur critique. C'est exact... sauf en Belgique, seul pays au monde où le droit au chômage est illimité dans le temps. Notre plat pays a donc tout du village gaulois ignorant des impératifs socioéconomiques mais malheureusement dépourvu de potion magique. La magie consistera par conséquent à imposer davantage encore la classe moyenne, la seule en Europe à payer plus que la part qu'elle représente dans la population. Si la dynamique continue à se gripper, il n'y aura plus d'avenir pour cet Etat à la démographie vieillissante, au déficit budgétaire structurellement cloué à 4% et dont la dette est depuis près de 50 ans déjà supérieure au produit intérieur brut (112% en 2024).