Au-delà du drame humain qui se joue en ce moment en Ukraine, la question posée sur le plan économique est de savoir combien de temps nous, Européens, pouvons nous passer de la Russie. A vrai dire, c'est même une course contre la montre qui se joue entre la Russie et l'Europe. Je n'évoque pas les Etats-Unis car ils sont géographiquement loin du champ de bataille et ne dépendent pas comme nous de la Russie sur le plan énergétique.
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Au-delà du drame humain qui se joue en ce moment en Ukraine, la question posée sur le plan économique est de savoir combien de temps nous, Européens, pouvons nous passer de la Russie. A vrai dire, c'est même une course contre la montre qui se joue entre la Russie et l'Europe. Je n'évoque pas les Etats-Unis car ils sont géographiquement loin du champ de bataille et ne dépendent pas comme nous de la Russie sur le plan énergétique. Pour Poutine, la réponse est claire, c'est l'Europe qui craquera la première. D'ailleurs, si vous observez bien, le président russe a choisi d'attaquer l'Ukraine au moment où l'inflation en Europe est au plus haut. Notamment en Allemagne dont la population est allergique à la hausse des prix. Les Allemands sont en effet de grands épargnants et majoritairement locataires, donc ultra-sensibles à l'inflation. Par ailleurs, Poutine sait que notre Vieux Continent a un besoin urgent de gaz et de pétrole. Remarquez d'ailleurs que si nous avons débranché les banques russes du système de paiement Swift, nous avons accepté d'encore laisser transiter les paiements de gaz et de pétrole via ce même Swift. Qu'est-ce à dire? Comme le disait le financier Charles Gave qui n'a pas sa langue en poche, "lorsque les Européens ont utilisé l'arme atomique Swift pour interdire les banques russes des paiements internationaux, il semblerait que quelques banquiers sont tombés de leur chaise et ont téléphoné en haut lieu pour dire: 'euh, les gars, c'est gentil tout ça, mais si les Russes ne peuvent plus recevoir leur argent pour le pétrole et le gaz livré, vous allez tout simplement asphyxier l'Europe'". Et donc, oui, nous avons imposé des sanctions très dures à l'encontre de la Russie mais pas au point de couper notre source d'énergie. Et ça, Poutine le sait aussi, comprenant notre faiblesse énergétique. Or, cette guerre, c'est évident, il l'a préparée de longue date. Depuis plusieurs années, il a tout fait pour autonomiser au maximum son pays contre d'éventuelles sanctions. Rien qu'avec les réserves de change dont il dispose, Charles Gave nous dit qu'il peut tenir deux ans sans exporter quoi que ce soit alors que nous, en Europe, ne pourrions pas tenir plus de deux mois. Je ne sais pas si ces estimations sont plausibles ou bien documentées, mais il est clair que la partie de bras de fer qui se joue en ce moment entre la Russie et l'Europe est une course contre la montre. L'Europe espère que la Russie va s'enliser en Ukraine comme ce fut le cas en Afghanistan et que pendant ce temps - c'est aussi ça, le paradoxe -, la chute du rouble provoquée par les sanctions économiques entraîne une flambée des prix qui pourrait dresser le peuple russe contre le patron du Kremlin. L'idée secrète de l'arme des sanctions financières, c'est que même une dictature ne peut rien contre la valse des étiquettes et la colère populaire. Mais ce jeu consistant à utiliser l'arme de l'inflation contre Poutine est aussi une sorte de billard à trois bandes. Motif? La flambée des prix en Russie pourrait aussi nourrir le ressentiment de la population russe contre l'Occident. Quant à la hausse du prix du blé, dont la Russie et l'Ukraine sont les plus grands exportateurs, elle va aussi faire mal dans d'autres régions, par exemple l'Afrique du Nord. Or, comme le rappelle Charles Gave, la plupart des révolutions en Afrique du Nord sont nées de la hausse du prix du blé dur. Mes confrères du Point ont donc raison de rappeler que "de la chute de Louis XVI à celle du président Ben Ali en Tunisie, l'histoire nous enseigne aussi qu'inflation rime avec révolution".