En 2003, le dessinateur Guy Delisle montrait dans son album Pyongyang le quotidien des habitants de la plus imperméable des dictatures au monde, la Corée du Nord. Une rare incursion sous forme d'un reportage dessiné, comme un écho à la longue liste de livres d'analyse politique et historique écrits sur le régime, ou de récits basés sur le témoignage de " rescapés " de cet enfer au nord du 38e parallèle. Mais le pays n'a pas souvent inspiré les auteurs de fiction, et encore moins avec un aussi grand souci d'immersion que dans L'Etoile du Nord. D'où l'intérêt de l'ouvrage de l'ouvrage du Britannique D.B. John, ancien éditeur jeunesse converti au roman d'espionnage, qui propose une histoire où le réalisme compte autant que le suspense, par a...

En 2003, le dessinateur Guy Delisle montrait dans son album Pyongyang le quotidien des habitants de la plus imperméable des dictatures au monde, la Corée du Nord. Une rare incursion sous forme d'un reportage dessiné, comme un écho à la longue liste de livres d'analyse politique et historique écrits sur le régime, ou de récits basés sur le témoignage de " rescapés " de cet enfer au nord du 38e parallèle. Mais le pays n'a pas souvent inspiré les auteurs de fiction, et encore moins avec un aussi grand souci d'immersion que dans L'Etoile du Nord. D'où l'intérêt de l'ouvrage de l'ouvrage du Britannique D.B. John, ancien éditeur jeunesse converti au roman d'espionnage, qui propose une histoire où le réalisme compte autant que le suspense, par ailleurs bien maîtrisé. Point de départ : une situation avérée. Les services de renseignements occidentaux ont mis au jour plusieurs disparitions de citoyens sud-coréens qui s'étaient aventurés un peu trop près de la frontière nord-coréenne. Des enlèvements dont la raison conserve une bonne part de mystère. " Pour le moment, rien n'explique leur but, nous raconte D.B. John. Pour former des espions à envoyer dans d'autres pays ? Cela ne marche pas. En tout cas, cela n'a pas donné de résultats probants jusqu'à présent. " C'est sur cette absence de réponse que débute le roman de l'auteur, lorsque des jumelles se voient séparées lors d'une baignade à quelques miles des eaux nord-coréennes. Quelques années plus tard, Jenna vit aux Etats-Unis et ne perd pas espoir de retrouver sa soeur. Déterminée, elle parvient à intégrer la CIA pour mener la mission de sa vie. Washington et Pyongyang sont en effet au bord du conflit ouvert. Les états-majors des deux pays sont sous pression. En Corée du Nord, des généraux jouent leur peau. Pour la sauver, ils sont confrontés à un curieux dilemme. Soit se montrant d'une fidélité sans faille au régime, malgré son impitoyable arbitraire. Soit fournir quelque information à l'ennemi contre une " évacuation " en Occident. Et le lecteur d'imaginer ces pontes suant dans leur uniforme à la moindre rumeur qui les concernerait. L'un d'entre eux accepte toutefois de collaborer avec Jenna, un échange de services où chaque geste ou mot peut valoir la mort. Frôler la mort, c'est presque aussi le quotidien de Moon, la soeur disparue et réduite à l'esclavage dans une ferme d'Etat. Dans ce camp de concentration, même le travail y est factice. Pour survivre, Moon n'a d'autre choix que de s'adonner au marché noir, graissant la patte de petits potentats locaux. C'est certainement en ces pages que l'auteur se montre le plus réaliste et le plus intéressant. S'y dévoilent toute l'horreur et l'obsolescence d'un système politique et social dont l'égalité n'est que de façade. C'est un périple touristique en 2012 qui inspira D.B. John. " Beaucoup d'éléments du livre sont tirés de ce voyage encadré où Pyongyang s'offrait comme sur un plateau de cinéma, se souvient le romancier, qui a ensuite énormément enquêté et lu sur l'envers du décor. Il était interdit de poser un question à quiconque. En Corée du Nord, tout le monde porte un masque. Y compris les témoins qui ont réussi à quitter le pays. Toutes ces personnes on vécu un véritable traumatisme. Elles changent constamment leur version des faits. " Et D.B John de dépeindre un régime qui parvient à tout contrôler et où la culpabilité s'avère même héréditaire. Mais que penser alors du désir d'ouverture que le président Kim Jong-Un semble formuler actuellement ? " Le pays ne va pas changer, répond D.B. John, sceptique. Trump n'a fait que donner un immense cadeau de propagande. Il a fait le show comme toujours. "