Mais qu'est-ce qu'ils attendent pour nous dire quand ce confinement se terminera enfin, que je puisse reprendre mon boulot comme avant ? Cette phrase, vous avez dû l'entendre souvent et peut-être même l'avez-vous prononcée vous aussi ? " Ils ", ce sont bien entendu nos autorités politiques. Au moment d'écrire ces lignes, j'ignore encore la décision qui sera prise par le gouvernement de Sophie Wilmès ce mercredi 15 avril. Mais une chose est certaine, je n'aimerais pas être à la place des politiques en ce moment.
...

Mais qu'est-ce qu'ils attendent pour nous dire quand ce confinement se terminera enfin, que je puisse reprendre mon boulot comme avant ? Cette phrase, vous avez dû l'entendre souvent et peut-être même l'avez-vous prononcée vous aussi ? " Ils ", ce sont bien entendu nos autorités politiques. Au moment d'écrire ces lignes, j'ignore encore la décision qui sera prise par le gouvernement de Sophie Wilmès ce mercredi 15 avril. Mais une chose est certaine, je n'aimerais pas être à la place des politiques en ce moment. La santé, en effet, n'a pas de prix et il faut tout faire pour éviter un maximum de morts. Mais de l'autre côté, les lobbys patronaux sont là pour rappeler - à juste titre - qu'un arrêt trop long de l'économie pourrait être plus mortel encore. L'étude publiée par The Lancet (la référence des publications médicales) montre que la hausse du chômage suite à la crise de 2008 est à l'origine de 500.000 morts supplémentaires par cancer (dont 160.000 en Europe). N'oublions pas que si La Peste d'Albert Camus a beaucoup de succès en ce moment en librairie, les lecteurs pourraient aussi un jour se replonger dans Les Raisins de la colère, de John Steinbeck, qui raconte la misère des ouvriers agricoles américains pendant la Grande Dépression des années 1930. D'ailleurs, au risque d'être mal vu de sa profession, le journaliste Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles pour le quotidien français Libération, a créé le buzz médiatique car il osé écrire sur Twitter : " C'est dingue quand on y songe, plonger le monde dans la plus grave récession depuis la Seconde Guerre mondiale pour une pandémie qui a tué pour l'instant moins de 100.000 personnes (sans parler de leur âge avancé) dans un monde de 7 milliards d'habitants ". Voilà au moins qui plante le décor du débat qui ne fait que commencer. Pour en revenir aux politiques, leur rôle est difficile. Les médecins sont les premiers à avoir leur mot à dire dans cette sortie de crise et, en fins psychologues de l'âme humaine, les politiques les envoient d'ailleurs au front médiatique. Normal, en ces matières, le politique n'a aucune crédibilité et fait bien de rester en retrait. Pour la com' à court terme, c'est top. Mais à un moment donné, c'est à l'autorité publique de trancher, et non pas au médical ! Et là, c'est le drame car, jusqu'à présent, aucune solution présentée par les scientifiques n'est satisfaisante sur le plan économique et social. Au point qu'Eric Le Boucher, chroniqueur vedette du quotidien économique français Les Echos, pense que nous sommes en quelque sorte revenus au point de départ. A savoir que les deux seules manières de résoudre cette crise, ce sera soit via un vaccin, soit via une immunité collective (accepter que 60 à 70% de la population soit contaminée pour qu'elle produise des anticorps). Bref, selon lui, on tarde (report du déconfinement), on biaise (on va faire des tests sanguins massifs), mais à un moment donné, si rien ne marche dans un délai raisonnable, il faudra bien accepter un nombre plus élevé de morts sous peine de tuer définitivement l'économie et d'avoir un drame social encore plus effroyable. On l'a compris, après le débat viendra la polémique. D'autant que les biais psychologiques humains prendront très vite le relais. Pensez au " biais rétrospectif ", celui qu'en langue vulgaire, on appelle " l'effet rétroviseur ". Après coup, nous en avons tous fait l'expérience, tout est toujours plus clair, plus limpide. Forcément, on a enfin la réponse et le passé s'éclaire avec les informations du présent. Vous en doutez ? Rendez-vous d'ici quelques mois : si les morts sont moins nombreux que prévu (notre souhait à tous), vous entendrez les uns dire " tout ça pour ça ? ". Nos amis et voisins français, si prompts à la polémique, auront beau jeu de dire que la canicule de 2003 a fait plus de morts que cette pandémie. Et si par malheur, le nombre de morts explose, alors ce sera le choeur du " c'était criminel, mais pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas réagi plus fortement et beaucoup plus tôt ? ". Nos politiques sont conscients que les citoyens ont une mémoire de poisson rouge. Ils tremblent déjà, rien qu'à l'idée de se tromper. Et il faut dire que les autorités scientifiques ne les aident pas avec des avis aussi divers et changeants. La tribu des adeptes du " y-a-qu'à " ferait bien de garder cela en tête.