"Se retrouver à Liège est un peu le fruit du hasard, cela aurait pu être en un autre endroit de Belgique. Il se fait que l'on a pu racheter, fin 2018, le bâtiment de la Banque nationale de Belgique à Liège, daté de 1968, à savoir 10.000 m2 qui semblaient destinés à devenir une école, avec déjà un réfectoire et des bureaux transformables en salles de classe. Des espaces pour les studios de danse sont disponibles. Avec une solidité incroyable, des murs blindés..."
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"Se retrouver à Liège est un peu le fruit du hasard, cela aurait pu être en un autre endroit de Belgique. Il se fait que l'on a pu racheter, fin 2018, le bâtiment de la Banque nationale de Belgique à Liège, daté de 1968, à savoir 10.000 m2 qui semblaient destinés à devenir une école, avec déjà un réfectoire et des bureaux transformables en salles de classe. Des espaces pour les studios de danse sont disponibles. Avec une solidité incroyable, des murs blindés..." Début juin 2021, à 15 mois de l'ouverture de la Mosa Ballet School, Benjamine De Cloedt déroule l'historique du projet comme un business plan, finement épluché. Un échéancier sur quatre ans. Concocté avec son mari, Damien Comeliau, entrepreneur multiple, ayant investi notamment dans le développement durable et l'immobilier. Il est aussi galeriste, entre autres directions choisies par ce diplômé de Solvay, promo 1992. On navigue donc entre le monde fructueux des affaires et le goût certifié de la culture. Benjamine De Cloedt est l'arrière-arrière-petite-fille d'un éclusier s'étant lancé dans le dragage au 19e siècle, il y a six générations, et dont les descendants ont fait fortune dans le secteur ainsi que dans les matériaux de construction. "Au-delà de l'entreprise, mon père, Jean-Pierre De Cloedt, a toujours eu une fibre de partage et de solidarité, celle qui consiste à ouvrir, par exemple, une maison pour femmes battues ou à aider les personnes handicapées, explique la philanthrope. Moi, je suis la petite-fille d'une danseuse parisienne et la fille d'un entrepreneur qui, enfant, dansait le Lac des cygnes sur des pointes ( sourire). Je suis aussi la mère d'une danseuse classique qui a quitté la maison à l'âge de 11 ans pour devenir petit rat à l'Opéra d'Anvers. Elle a aujourd'hui 25 ans et au travers de ses écoles et stages internationaux - de Cannes à la Russie -, j'ai vu tout ce qui est magnifique mais aussi la démoralisation, la souffrance et l'exigence des écoles de ballet internationales." Ayant notamment été productrice et scénariste dans l'industrie du cinéma, Benjamine De Cloedt n'a pas oublié son régendat en peinture et gravure à l'Ecole supérieure des arts Le 75 à Bruxelles. Et puis l'initiation à la peinture décorative. Au printemps 2018, elle prend de plein fouet le décès de sa soeur, Marinette. Echevine de l'Instruction publique et de la Santé à Ixelles, celle-ci laisse une trace culturelle prégnante. Et déclenche une forme d'urgence. "Elle était malade mais cela a été un choc à 100%. Bouleversant. Elle savait qu'elle allait partir, donc elle a légué son capital à une fondation qui s'occupe de tout ce qui est culture pour les écoles d'Ixelles. C'était un exemple incroyable mais ce départ a été essentiel pour que je pose cet acte philanthropique de créer une école. Pas une compagnie de ballet." Le projet inclut également un programme social baptisé "Alors on danse" qui portera l'aura de cette future école voulue de très haut niveau dans les homes, les prisons et ailleurs. Un million d'euros à l'année sera dédié à cette généreuse danse extérieure. Selon Damien Comeliau, le bâtiment de l'ex-Banque nationale est "assez austère mais présente des éléments nobles comme le métal, le marbre et le bois". Il s'est donc vendu un peu au-delà des 7 millions d'euros. L'investissement personnel de Benjamine De Cloedt, portant sur l'achat de l'immeuble et la rénovation des infrastructures approche les 20 millions. "Une somme extrêmement importante pour un projet qui n'arrive, je crois, qu'une fois par génération au plan international, souligne Damien Comeliau, vice-président de la fondation dont Benjamine est présidente. Un partenariat privé/public qui nécessitera 3 millions pour le fonctionnement à l'année. Histoire d'avoir un matelas financier pour ouvrir dans de bonnes conditions. On a déjà l'implication de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Ville de Liège. Même si nous gérons notre école comme une société, ici, on n'est pas dans le milieu des affaires: il s'agit d'une ASBL et d'ailleurs, ni Benjamine ni moi ne nous payons. Pas plus que les membres du CA. L'idée, c'est que l'école soit pérenne, ad vitam. C'est un projet à la fois éducatif et sociétal. Utiliser la danse pour apporter du bien-être à toutes sortes de collectivités, soit un projet très porteur dans cette période (post)covid." En ce mois de juin, un peu plus d'un million a déjà été rassemblé grâce à des mécènes et des sponsors. Parmi lesquels on relève une fondation bruxelloise désirant rester discrète sur son apport, et puis des marques et mécènes divers. On pointe la Banque Delen, les liégeois d'Etilux, la société des plâtres Knauf, AGC ex-Glaverbel, le groupe de l'investisseur Stephan Uhoda, la société de construction Burco. Et d'autres dossiers sont déjà dans le pipe-line. De quoi assumer "45 personnes sur le payroll" et un équilibre financier qui passe par un prix d'inscription à l'école selon des critères financiers en usage à l'international privé. "Certaines écoles sont gratuites, comme l'Opéra de Paris dont les coûts sont intégralement supportés par l'Etat français, précise Damien Comeliau. On ne peut pas se le permettre, donc l'inscription à l'année sera de 6.500 euros pour les Belges (avec des possibilités de bourse) et un montant qui ira jusqu'à 15.000 euros pour les étrangers. Il faut savoir qu'un élève coûte 30.000 euros à l'année, ce qui explique que le minerval des écoles anglo-saxonnes, tourne autour de 25.000 euros. Un quart seulement du financement de l'école sera assumé par les élèves. L'entrée ne s'obtiendra évidemment qu'après audition, histoire de maintenir un niveau d'excellence." Tout cela s'accroche à des visées éducatives et artistiques précises. D'où la recherche d'un directeur artistique, sommité de la pédagogie en danse. Le Portugais Pedro Carneiro - formé entre la Russie et Stuttgart - a été choisi. Il lui sera demandé de constituer le corps enseignant. En deux temps: le matin, les petits rats - environ 115 - fréquenteront un établissement scolaire voisin, l'Athénée Royal Charles Rogier. Puis, après le repas de midi, les élèves se consacreront à la danse à la Mosa School. Jusqu'à 35 heures par semaine. Benjamine De Cloedt insiste sur la philosophie de son bébé éducationnel. "Nous avons établi trois valeurs pour l'école: l'excellence, la bienveillance et la collaboration, dit-elle. Essayer de réconcilier la souffrance créée par l'effort avec le corps de l'enfant. Dans notre école, on voudrait que les 12-18 ans soient bien construits en tant qu'êtres humains et, quoi qu'ils fassent, soient contents de leur avancée, de leur développement. Il est important de laisser les portes ouvertes. On sera une école internationale et on veut être dans le top 5 mondial." Histoire, de toute évidence, à suivre.