Bienvenue dans l'avenir - non pas 2021, comme vous vous y attendiez peut-être, mais 2025 voire 2030, suivant à qui vous demanderez. Les nouveaux usages technologiques liés à pandémie, qu'il s'agisse de vidéo- conférences ou de commerce en ligne, ont en effet déjà atteint des seuils qu'on n'escomptait pas avant de nombreuses années.
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Bienvenue dans l'avenir - non pas 2021, comme vous vous y attendiez peut-être, mais 2025 voire 2030, suivant à qui vous demanderez. Les nouveaux usages technologiques liés à pandémie, qu'il s'agisse de vidéo- conférences ou de commerce en ligne, ont en effet déjà atteint des seuils qu'on n'escomptait pas avant de nombreuses années. " Les données récentes montrent que nous avons réalisé un bond en avant de cinq ans dans l'adoption du numérique par les consommateurs et les entreprises, et ce sur huit semaines environ ", affirmait McKinsey, une société de conseil, en mai 2020. Et pour ce qui est de l'e-commerce en Amérique, les progrès ont été encore plus rapides: " dix ans de croissance en trois mois ". Netcomm, un consortium de vente italien, note que l'Italie, jusqu'alors en retard sur le commerce en ligne, a aussi " fait un bond de 10 ans " vers le numérique. Dans la banque, les experts consultés par The Economist estiment que la part des transactions sans cash dans le monde entier a grimpé à des niveaux qu'on ne prévoyait pas avant deux ou cinq ans. Pour ce qui est de la médecine, un praticien britannique a déclaré au New York Times que le National Health Service, le système de santé publique britannique, avait connu 10 ans de changements en une semaine, les médecins passant à la téléconsultation. On peut parler de " techcélération ". Dans tous ces cas, comme dans de nombreux autres, la pandémie a accéléré les tendances existantes en matière d'usage des technologies. Le commerce basculait doucement vers le numérique ; les paiements passaient lentement au numérique ; le téléenseignement prenait de plus en plus d'importance ; le télétravail se développait, au moins à temps partiel. Aujourd'hui, dans de nombreux pays, les gens ont été brusquement propulsés dans un avenir où tous ces usages sont bien plus répandus. Ce changement soudain ne fait pas que des heureux. De nombreux magasins, déjà en difficulté, ont été poussés à la faillite, y compris des marques aussi connues que la chaîne de grands magasins américaine J.C. Penney et celle de luxe Neiman Marcus. Et à mesure que des agences bancaires ferment, les personnes âgées peu habituées à la banque en ligne deviennent la cible d'arnaqueurs. Le passage à l'enseignement en ligne a par ailleurs révélé des inégalités dans l'accès au haut débit et dans l'équipement informatique des élèves. Mais cette transition vers le numérique a aussi déclenché de rapides transformations dans des domaines historiquement réfractaires au changement, notamment la santé et l'enseignement. L'expérience forcée des confinements a aussi dissipé les préjugés sur l'enseignement en ligne et le télétravail, démontrant qu'avec le bon matériel et une bonne assistance technique, ces activités pouvaient fonctionner de manière vraiment adaptée. C'est une bonne nouvelle. La grande question pour 2021 est la suivante: dans quelle mesure va-t-on retrouver la situation antérieure? Certes, le monde ne va pas revenir à son état d'avant la pandémie. De nombreux grands magasins ont fermé. Les mamies italiennes ont découvert les joies du shopping en ligne. Les télétravailleurs ne sont pas pressés de reprendre le volant pour retourner au travail cinq jours par semaine. Pour autant, tous les usages liés aux confinements de 2020 ne vont pas persister. Elèves et enseignants ont hâte de revenir aux cours en présentiel. Les travailleurs regrettent la camaraderie du bureau. Certains nouveaux usages sont donc là pour durer, mais pas d'autres, et le curseur va sans doute s'arrêter vers le milieu, ce qui aura d'énormes conséquences: pour les habitudes de transport, les prix de l'immobilier, l'aménagement urbain, notamment. McKinsey rapporte que, d'ici à 2022, environ 15% des cadres dirigeants ayant participé à un sondage international prévoient d'autoriser un dixième de leurs salariés à télétravailler au moins deux jours par semaine, et 7% d'entre eux sont prêts à aller jusqu'à trois jours par semaine. Mais ces moyennes mondiales cachent de fortes variations. En Grande-Bretagne et en Allemagne, 20% des cadres interrogés étaient prêts à ce qu'au moins un de leurs salariés sur 10 travaille à distance deux jours ou plus par semaine ; en Chine, ce chiffre n'était que de 4%. Et parmi les cadres des entreprises de haute technologie, cette proportion était de 34%, contre 22% avant la pandémie. Les sociétés de services technologiques et financiers peuvent fonctionner plus facilement sans salariés au bureau. Mais même dans les secteurs où le télétravail intégral est possible, c'est un avenir hybride qui se profile, avec un mélange de travail à distance et sur place. Certaines entreprises - comme celles qui fournissent des services dans le cloud, ou des appareils qui permettent le télétravail - vont en sortir renforcées. D'autres, comme les commerces en dur, vont souffrir. Beaucoup vont être précipitées vers la faillite. Mais une fois encore, il existe un bon côté à tout ça, car ces changements ouvrent de nouvelles possibilités pour l'innovation. D'ores et déjà, des entreprises grandes et petites mettent au point des outils pour améliorer le télétravail, la collaboration en ligne et le téléenseignement ; pour promouvoir de nouveaux types de transactions commerciales sans contact ou avec prise de rendez-vous ; et pour proposer toutes sortes d'expériences sociales en ligne, depuis les conférences virtuelles jusqu'au tourisme virtuel. On ne reviendra pas au temps d'avant la pandémie. Le Covid-19 a propulsé le monde dans un avenir très différent.