Instant poétique. L'Arbre de Vie prend forme sous nos yeux. Il monte le long des colonnes, envahit les murs, offrant un magnifique jeu d'entrelacs de volutes dorées. Préciosité magique. Le Baiser, Danaé, Le Portrait d'Adèle Bloch-Bauer et bien d'autres chefs-d'oeuvre de Gustav Klimt animent depuis quelques semaines les murs gigantesques de l'Atelier des Lumières. Le tout est sublimé par des airs de Wagner ou de Beethoven pour une expérience sensorielle et esthétique.
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Instant poétique. L'Arbre de Vie prend forme sous nos yeux. Il monte le long des colonnes, envahit les murs, offrant un magnifique jeu d'entrelacs de volutes dorées. Préciosité magique. Le Baiser, Danaé, Le Portrait d'Adèle Bloch-Bauer et bien d'autres chefs-d'oeuvre de Gustav Klimt animent depuis quelques semaines les murs gigantesques de l'Atelier des Lumières. Le tout est sublimé par des airs de Wagner ou de Beethoven pour une expérience sensorielle et esthétique. Images et vidéos de cette expérience immersive totale ont fait le tour des réseaux sociaux, lui assurant une promotion à large échelle... et totalement gratuite. Résultat : la fréquentation dépasse toutes les attentes. " En deux mois, plus de 300.000 visiteurs se sont pressés à l'Atelier des Lumières, sourit Michael Couzigou, directeur de ce nouveau centre d'art numérique ouvert en avril dernier. Des chiffres totalement inattendus. Le week-end, les visites ne se font d'ailleurs actuellement plus que sur réservations. " Il est vrai qu'en ce début d'après-midi estival, la file peine à se résorber devant le n° 38 de la rue Saint-Maur. Ce secteur du 11e arrondissement parisien, situé à quelques encablures du Père Lachaise, était encore un quartier calme il y a seulement quelques semaines. Peu de touristes s'y pressaient. Aujourd'hui, ils assiègent les terrasses des petits établissements avoisinants. " Les autorités locales se réjouissent de notre implantation, poursuit avec enthousiasme le directeur. Elles bénéficient du dynamisme insufflé par ce nouvelle centre d'art. " La création de l'Atelier des Lumières fait suite au succès rencontré par les Carrières de Lumières aux Baux-de- Provence, où Culturespaces, premier acteur culturel privé du paysage français, propose des expositions immersives monumentales depuis 2012. " Avec plus de 2,7 millions de visiteurs en cinq ans, le site s'est affirmé comme un formidable lieu de diffusion culturelle ", se réjouit Bruno Monnier, fondateur et président de Culturespaces. Forte de cette expérience, cette filiale d'Engie a mis sur la table quelque 10 millions d'euros pour monter le projet parisien, bouclé en deux années à peine. " Cela a pu se faire très vite car aucun acteur public n'est impliqué ", indique Michael Cozigou. " De nombreux travaux d'aménagement ont été réalisés, notamment pour préserver le voisinage de toute nuisance sonore ", précise Bruno Monnier. L'Atelier des Lumières s'est installé dans une ancienne fonderie de fer du 19e siècle, lovée au milieu de logements. Ce vaste espace et ses immenses surfaces offrent un cadre idéal pour les projections numériques qui s'adaptent à l'architecture monumentale du bâtiment, soulignée par sa structure métallique originelle.Ici, les visiteurs ne parcourent plus une exposition où ils admirent des tableaux. Les oeuvres d'art sont dématérialisées et projetées sur d'immenses surfaces en très haute résolution grâce à un équipement numérique de pointe. Cent quarante vidéoprojecteurs et une sonorisation spatialisée équipent le lieu, épousant 3.300 m2 de surfaces, du sol au plafond, celui-ci culminant à 10 mètres de haut." On en est au tout début de l'art numérique, mais des projets commencent à se lancer à droite, à gauche, précise le directeur du lieu. Nous avons un temps d'avance car nous sommes les premiers à avoir ouvert un lieu dédié aux expositions numériques immersives, avec une formule qui fonctionne bien, mettant à l'honneur l'art classique. "Outre celle consacrée à Gustav Klimt, l'Atelier des Lumières présente deux autres expositions numériques. L'une propose de découvrir Friedensreich Hundertwasser, peintre et architecte héritier de la Sécession viennoise. L'autre, intitulée " Poetic - AI " du studio de création numérique Ouchhh, étonnante et tout aussi onirique que les deux autres, fait appel à l'intelligence artificielle. " Le concept se base sur un algorithme t-SNE qui a tourné pendant trois semaines, explique avec enthousiasme Michael Couzigou. Vingt millions de lignes ont été intégrées dans l'algorithme, tirées des plus grands livres des scientifiques du 20e siècle d'Albert Einstein à Steven Hawking. Ces lignes sont des équations, des phrases, des mots. L'algorithme trouve des matchs entre les auteurs. Ces similitudes forment des particules, et ces particules vont se rassembler pour composer des formes. " Pointure en la matière, le studio Ouchhh, basé à Istanbul, Los Angeles et Londres, travaille avec des géants technologiques comme Google ou le Cern. " Sa patte, c'est allier science, technologie, art et numérique pour créer une expérience totale ", ajoute le directeur. La recette du succès de l'Atelier des Lumières ? Présenter une expérience artistique forte autour des grands noms de l'histoire de l'art, qui parlent à tous les publics, amateurs et gens éclairés, quel que soit leur âge. " Nous voulons démocratiser l'accès à la culture, précise Michael Couzigou. Nous voulons nous démarquer des centres d'art classiques et proposer une nouvelle approche de l'art. Mais, à côté des expos grand public, nous tenons tout de même à faire découvrir des projets plus spécifiques, comme celui du collectif contemporain Ouchhh. " Grâce au numérique, les tableaux éparpillés aux quatre coins du monde peuvent être rassemblés en un seul et même lieu. " Nous pouvons zoomer sur les détails, les animer ", ajoute le directeur. Ici, on ne cherche plus à proposer une approche didactique de l'histoire de l'art mais à créer une réelle immersion dans les oeuvres. Petit bémol selon nous, la dimension pédagogique est quelque peu délaissée au profit d'une approche basée sur l'émotion et le ressenti, même si, en cherchant (très) bien, le visiteur peut parcourir quelques panneaux explicatifs dissimulés à l'étage, derrière un mur. Alors art ou événementiel ? " Pour moi, il s'agit d'une expérience artistique comme une autre, indique Michael Couzigou. Gianfranco Iannuzzi, le concepteur de nos expositions immersives, a décidé de proposer cette expérience-là et pas une autre. Il a sa propre écriture, son propre scénario. L'Atelier dispose de 40 écrans, sans compter le sol ou le plan d'eau du bassin. Il faut composer en 360 °. Gianfranco a cette façon bien à lui de scénariser l'oeuvre d'art numérique dans l'espace. Oui, c'est à la fois une production numérique et artistique mais aussi une expérience et un spectacle. " Les nouvelles dimensions qu'offrent le numérique et l'immersif permettent ainsi de conquérir des publics qui ne viennent pas spontanément dans les musées traditionnels. L'avenir du musée passerait-il par ce type d'exposition ? " Face à la mondialisation des demandes de prêts, à la hausse de la valeur des oeuvres d'art, des assurances et des transports, le coût de production d'une grande exposition temporaire va connaître une augmentation structurelle, indique Bruno Monnier. Ce phénomène va se traduire par une augmentation importante du ticket d'entrée ou l'abandon pur et simple des projets d'expositions. " Mais si les expositions numériques sont moins coûteuses que les manifestations traditionnelles en termes de transport ou d'assurances, elles n'en demeurent pas moins complexes dans leur réalisation. Elles demandent des moyens technologiques de pointe qui sont très coûteux et nécessitent un renouvellement régulier en raison de l'obsolescence préfigurée des outils numériques. " Plusieurs centaines de milliers d'euros sont nécessaires pour produire un film, précise ainsi Michael Couzigou. Et quasiment un an de travail pour l'écriture, la réalisation et l'adaptation au lieu de projection. " Mais d'après Bruno Monnier, une chose paraît sûre : " Pour beaucoup de musées, l'introduction du numérique dans les expositions permanentes ou temporaires est inéluctable ". Question d'intérêt du public... Si une exposition classique temporaire draine quelque 160.000 visiteurs, sa corollaire numérique immersive en attire 560.000 en moyenne, selon les statistiques de Culturespaces. Des chiffres qui en disent long...