"Je me souviens quand cette idée m'est venue. J'étais en province pour la promotion d'Entrez dans la danse. J'ai manqué un premier train pour Paris, je prends donc le suivant. A bord, le contrôleur me signale que je suis dans le mauvais train et donc que mon billet n'est pas valable. Du coup, il m'inflige une amende. J'ai trouvé ça tellement injuste que je lui ai souhaité devant tous les passagers un grand malheur. J'ai vu que ça l'avait fissuré ! "
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"Je me souviens quand cette idée m'est venue. J'étais en province pour la promotion d'Entrez dans la danse. J'ai manqué un premier train pour Paris, je prends donc le suivant. A bord, le contrôleur me signale que je suis dans le mauvais train et donc que mon billet n'est pas valable. Du coup, il m'inflige une amende. J'ai trouvé ça tellement injuste que je lui ai souhaité devant tous les passagers un grand malheur. J'ai vu que ça l'avait fissuré ! " C'est ainsi que Jean Teulé nous raconte la naissance de Gare à Lou ! , son nouveau roman. Connu pour ses biographies décalées de personnages historiques (Charles IX, le marquis de Montespan, etc.), il tenait à renouer avec le conte fantastique, forme qui l'avait rendu très populaire lors de la publication en 2007 du Magasin des suicides. C'est dans la lignée du jeune Alan Tuvache (jeune optimiste qui faisait le malheur de ses parents, gérants d'une boutique proposant le matériel nécessaire à une fin de vie volontaire) que se place Lou, héroïne aux portes de l'adolescence se découvrant du jour au lendemain un étrange pouvoir : elle peut désirer qu'arrive une infortune à toute personne qu'elle croise. Et le malheureux verra son destin bouleversé. "Je voudrais que tu tombes dans l'escalier ", souhaite-t-elle à l'affreux écolier qui la traite de " Dents-de-lapin ". Des condamnations aussi sévères que les sanctions peuvent être cocasses. Une auto-justice du ridicule s'exécutant par la pensée, digne de Ma Sorcière bien-aimée et de son nez malicieux. Très vite, la petite et ses noirs désirs intriguent, du Bar des sanglots aux plus hautes sphères de l'Etat. L'état-major y voit le potentiel d'une arme plus puissante que la bombe atomique. Elle ne peut être laissée en liberté et doit être entraînée à des guerres d'un nouveau genre. Non sans souci, ce qui ne serait pas drôle. Car c'est bien l'humour noir de Jean Teulé que l'on vient chercher ici. " Qu'une enfant au pouvoir finalement assez cruel soit utilisée par des adultes qui l'obligent au final à faire le mal, j'aime ça. Ils oublient que c'est uniquement parce qu'elle le souhaite elle-même que ça fonctionne. " La comédie se renforce quand la gamine fait tourner en bourrique les généraux qui lui font office de mères de substitution. C'est là où l'innocence enfantine en sort préservée de la mégalomanie des grands. Au départ accomplissant une justice toute personnelle, elle prend conscience de ses actes, elle grandit.Le style de l'auteur, à l'emphase qui pastiche les conteurs d'antan, fait toujours mouche. Le lecteur fidèle s'y trouvera en terrain connu. Satire sociale et politique un brin courte, Gare à Lou ! interpelle davantage par le monde dans lequel la fiction prend place, celui d'un hyper-Etat dont les dirigeants cyniques semblent déconnectés d'une population qu'ils surveillent par l'intermédiaire d'e-hélicoptères et qui s'entasse dans les écorche-cieux. La leçon de Teulé : tourner en ridicule la classe politique par une innocente enfant. Un rien anar ? " Regardez les gilets jaunes, un joli mouvement qui avançait une belle idée, celle de ne plus avoir de chef. Dommage qu'il ait été récupéré par les extrêmes. " Faute d'une analyse plus développée dans ce bref roman, l'auteur nous laisse avec quelques questions, ce qu'il aime particulièrement. A la recherche d'un début de réponse, on se reportera à la couverture de l'ouvrage : un joli minois aux yeux rieurs en première de couverture se révèle monstrueux si vous retournez le livre, le regard devenant mordant. Bref, ne vous fiez pas aux apparences.