Tandis qu'une mission spatiale chinoise fait route vers Mars, la tribu des Indiens kaajapukugi trouve asile au Mexique. Expatriés de la forêt amazonienne, ils sont une cinquantaine, poignée de veufs et d'orphelins expulsés d'un monde promis à disparaître. Chargé de veiller sur ces exilés politiques, le narrateur, un anthropologue bouleversé par le deuil et...

Tandis qu'une mission spatiale chinoise fait route vers Mars, la tribu des Indiens kaajapukugi trouve asile au Mexique. Expatriés de la forêt amazonienne, ils sont une cinquantaine, poignée de veufs et d'orphelins expulsés d'un monde promis à disparaître. Chargé de veiller sur ces exilés politiques, le narrateur, un anthropologue bouleversé par le deuil et la solitude, pénètre aux coeurs de mystères ésotériques... Une sensation partagée par le lecteur, qui s'apprête à "en apprendre un peu plus sur la capacité de l'homme à s'adapter et à survivre, mais rien en revanche sur les limites de la lâcheté ou la portée du courage". Critique sur le travail des ONG, les souffrances des ronds-de-cuir, l'état de déliquescence du monde, Joca Reiners Terron détourne le polar et le fantastique comme carburants d'une fiction puissante et engagée. Ces Indiens rétifs à toute idée de pouvoir hiérarchisé, pour qui aucune race n'en surpasse une autre, incarnent le vestige de peuples entiers "annihilés par une simple grippe transmise par l'organisme chrétien et anti-révolutionnaire de quelque missionnaire protestant, plein de bons sentiments mais aussi de virus mortels". D'une voix débordante d'inventivité, gorgée de mystères, le Brésilien malaxe une quête de rédemption délirante et fascinante. On songe à l'envoûtement cinématographique distillé par le Tropical Malady d'Apichatpong Weerasethakul et aux prophéties funestes du lapin géant de Donnie Darko. Après la tempête, le livre recrache ses lecteurs abasourdis, désormais libres de voyager dans l'espace et dans le temps. "Des bruits de pas légers sur le tapis de feuilles tombées au pied des arbres m'ont fait renoncer pour de bon à essayer de dormir."