Le calendrier électoral était dense en Amérique latine entre l'automne 2017 et novembre 2019, puisque 15 scrutins présidentiels ont eu lieu sur le continent. En 2020, il faut s'attendre à un retour au calme, si ce n'est peut-être au Venezuela. Les élections ont porté au pouvoir des populistes de diverses trempes en Argentine, au Brésil et au Mexique - les trois plus grandes économies de la région. Ailleurs, nombre des nouveaux gouvernements sont faibles. La mission qui leur incombe est colossale : apaiser le mécontentement populaire né d'une croissance économique médiocre, de services publics et d'infrastructures en souffrance, et d'une peur généralisée de la criminalité violente.
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Le calendrier électoral était dense en Amérique latine entre l'automne 2017 et novembre 2019, puisque 15 scrutins présidentiels ont eu lieu sur le continent. En 2020, il faut s'attendre à un retour au calme, si ce n'est peut-être au Venezuela. Les élections ont porté au pouvoir des populistes de diverses trempes en Argentine, au Brésil et au Mexique - les trois plus grandes économies de la région. Ailleurs, nombre des nouveaux gouvernements sont faibles. La mission qui leur incombe est colossale : apaiser le mécontentement populaire né d'une croissance économique médiocre, de services publics et d'infrastructures en souffrance, et d'une peur généralisée de la criminalité violente. Le principal problème de la région restera le Venezuela. Il est possible qu'en 2020 une transition démocratique soit négociée grâce au départ de Nicolás Maduro-dictateur élu illégitimement-suivi d'une élection présidentielle libre et équitable. Mais il est plus probable que Maduro, qui a le soutien de l'armée nationale, de Cuba et de la Russie, s'accroche à la présidence d'un pays qui sombre progressivement dans la pénurie et la violence. Dans ce cas, les Vénézuéliens continueront à émigrer. D'ici à la fin de 2020, le nombre de départs depuis 2014 pourrait atteindre sept ou huit millions de personnes. Et Maduro perpétue quant à lui un simulacre de démocratie : quelle que soit l'évolution de la situation, il maintiendra les élections législatives prévues en 2020, qui pourraient aussi se tenir anticipativement. Mais, à moins qu'un accord ne soit trouvé, elles ne seront qu'imposture, car il prendra le contrôle du Parlement, où l'opposition affaiblie avait remporté une majorité confortable lors du dernier scrutin libre qui s'est tenu, en décembre 2015. La Colombie sera soumise à de fortes tensions en 2020, ce pays subissant le sabotage passif et actif de Maduro. C'est là-bas que se rendront la majorité des Vénézuéliens qui émigrent. Alors que le Venezuela, de son côté, accueille et aide des guérillas colombiennes, qui se livrent à du trafic de drogue et à de l'orpaillage illégal, entre autres activités criminelles. Des escarmouches frontalières sont à prévoir et une guerre n'est pas à exclure. Le président colombien, Iván Duque, qui n'a pas de majorité au Congrès, sera en difficulté à moins que l'adversité ne renforce l'unité. L'essentiel des 10.500 combattants (incluant les milices urbaines) des Farc, qui ont rendu les armes au titre d'un accord de paix en 2016, tiendront leur engagement : pour conforter son engagement en faveur de la paix, le parti politique issu de cette armée révolutionnaire, appelé jusqu'à présent Force alternative révolutionnaire commune (conservant ainsi l'acronyme Farc), changera de nom. Les Latino-Américains espéreront en 2020 sortir d'un long marasme économique qui a entraîné dans la région une chute globale du revenu moyen par habitant depuis 2013. Chaque année depuis cette date, les prévisionnistes sont contraints de réviser leurs estimations initiales de reprise. En octobre, le FMI a réévalué à la baisse son estimation de la croissance dans la région en 2020, soit 1,8 %. Cet objectif dépendra de la situation au Brésil. Le gouvernement de Jair Bolsonaro restera problématique sur le plan politique, mais ses projets de réforme fiscale, de privatisation et d'investissement privé dans les infrastructures pourraient relancer l'économie. Les élections municipales d'octobre seront l'occasion pour l'opposition, à la fois au centre et à gauche, de se réorganiser. Le Mexique a un président solide en la personne d'Andrés Manuel López Obrador, mais il n'inspire pas confiance au secteur privé. Le pays est confronté à un lent déclin économique. Progressivement, cette conjoncture pèsera sur la popularité du président à l'approche des élections législatives de juillet 2021, qui sont cruciales car il espère amender la Constitution. Il tentera peut-être de doper à court terme sa popularité en contrevenant à la règle de discipline budgétaire qu'il a lui-même fixée. L'Argentine est de nouveau aux mains des péronistes. Alberto Fernández, élu le 27 octobre 2019, est plus modéré que sa vice-présidente populiste, Cristina Fernández de Kirchner (aucun lien de parenté entre eux). Cette dernière aura une influence, mais Alberto Fernández sera aux commandes. Il cherchera (à nouveau) à renégocier la dette argentine avec le FMI et les créanciers obligataires privés, mais cette fois-ci en évitant la rupture. Il appliquera des politiques macroéconomiques orthodoxes en tous points. L'Argentine pourrait ainsi retrouver le chemin de la croissance d'ici à la fin de 2020. Depuis 2004, la République dominicaine n'a été gouvernée que par deux hommes, Leonel Fernández et Danilo Medina, tous deux affiliés au Parti de la libération dominicaine (PLD), centriste. Cette situation pourrait évoluer lors du scrutin prévu en mai. Leonel Fernández a perdu une primaire face à Gonzalo Castillo, le protégé de Danilo Medina, mais il envisage de se présenter sans étiquette. Si les électeurs voient avant tout la corruption du PLD et non le bilan économique du parti, alors Luis Abinader, le candidat du Parti révolutionnaire moderne, pourrait tirer son épingle du jeu. Les cercles politiques latino-américains se tourneront plus que d'ordinaire vers les événements dans le reste du monde. Beaucoup se réjouiront si Donald Trump n'est pas réélu aux Etats-Unis - sauf Jair Bolsonaro, son allié soumis. Nous en saurons plus sur la ratification d'un traité entre l'Union européenne et le Mercosur (dont le Brésil et l'Argentine), accord qui pourrait être bloqué par le vandalisme environnemental du président brésilien. Et le ralentissement progressif de l'économie chinoise, deuxième partenaire économique de l'Amérique latine, sera une source supplémentaire d'anxiété.