Les élections présidentielles de 2022 offriront une chance au gouvernement brésilien d'inverser les politiques qui ont contribué au changement climatique mondial. En effet, le pays abrite 60% de la forêt amazonienne, qui a toujours été un puits de carbone important. Mais une étude inquiétante publiée en 2021 dans la revue Nature a révélé que ces 10 dernières années, elle était plutôt devenue une source de carbone. Les coupables: les feux de forêt et la déforestation, qui s'est envolée de plus de 40% depuis que le président populiste Jair Bolsonaro est arrivé au pouvoir en 2019.
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Les élections présidentielles de 2022 offriront une chance au gouvernement brésilien d'inverser les politiques qui ont contribué au changement climatique mondial. En effet, le pays abrite 60% de la forêt amazonienne, qui a toujours été un puits de carbone important. Mais une étude inquiétante publiée en 2021 dans la revue Nature a révélé que ces 10 dernières années, elle était plutôt devenue une source de carbone. Les coupables: les feux de forêt et la déforestation, qui s'est envolée de plus de 40% depuis que le président populiste Jair Bolsonaro est arrivé au pouvoir en 2019. Sous son administration, l'application des lois environnementales et les amendes qui s'y rapportent ont chuté à un niveau historiquement bas. Les activistes affirment que cette situation a favorisé l'exploitation forestière et minière, l'élevage de bétail et l'accaparement des terres illégaux. Au mois de juin, le ministre de l'Environnement, Ricardo Salles, a démissionné après que la police fédérale a commencé à enquêter sur son compte pour des soupçons de participation à un trafic de bois (il nie toute malversation). Un président plus écologiste pourrait tenter de mettre un frein à ce genre de crimes. Or, les sondages laissent penser que M. Bolsonaro devrait perdre les élections. Son successeur pourrait convaincre l'Allemagne et la Norvège de débloquer le Fonds pour la réduction de la déforestation en Amazone, une somme d'argent destinée à l'application de lois environnementales et au développement durable, qui a été supprimé en 2019 suite aux inquiétudes sur les politiques de M. Bolsonaro. Un nouveau président pourrait également relancer les négociations avec le président Joe Biden, qui a proposé de créer un fonds de 20 milliards de dollars pour la forêt amazonienne dès que le Brésil commencera à montrer des résultats. Le Brésil est l'un des seuls pays à ne pas avoir amélioré ses objectifs en matière de réduction des émissions d'ici à 2030. Alors que les négociations de l'Onu sur le climat se préparent à Glasgow, rien ne laissait présager que le gouvernement abandonnerait son obstination à "compter double". En effet, le pays demande depuis toujours que les crédits carbone qu'il vend aux autres pays soient également inclus dans le décompte de ses propres émissions. S'il revient sur sa position et qu'un marché mondial ressort des pourparlers, le Brésil pourrait recevoir des milliards de dollars pour préserver des morceaux de forêt amazonienne qu'il vend sous forme de crédits. Mais même un président conscient de ces enjeux devra batailler ferme contre un Congrès rallié à la cause des agriculteurs, qui envisage une série de lois menaçant la forêt amazonienne et ses habitants. Un projet sur la régularisation foncière, surnommé "loi d'accaparement des terres", et un projet qui légaliserait d'anciennes mines sur des territoires indigènes en sont quelques exemples. Au mois d'août, des milliers d'indigènes ont campé à Brasilia, la capitale, au moment où la Cour suprême débattait d'une affaire qui limiterait leurs territoires à des terres qui étaient occupées lorsqu'une nouvelle constitution fut adoptée en 1988. La Cour a reporté sa décision, mais le Congrès envisage une loi qui aurait le même effet. D'autres pays d'Amazonie, comme la Colombie, ont manifesté leur volonté de lutter contre la déforestation, bien qu'ils soient également confrontés à une certaine pression des intérêts commerciaux. Un meilleur encadrement au Brésil pourrait relancer les efforts régionaux visant à assurer l'application des lois environnementales et trouver des alternatives durables à la déforestation pour les habitants de la forêt amazonienne. Mais si M. Bolsonaro remporte à nouveau les élections, sa détermination à remplir la forêt de routes, de barrages et de mines pourrait causer des destructions bien au-delà des frontières du Brésil.