En apparence, c'est Emmanuel Macron qui a gagné le premier tour de l'élection présidentielle en France. Mais le vrai vainqueur a un autre nom: populisme. Motif? Si vous additionnez le total des voix de ceux et celles qui ont voté pour un parti d'extrême droite et d'extrême gauche - et je n'évoque pas seulement Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour, j'y ajoute aussi les petits partis tenants d'une rupture sociale et économique -, j'arrive à 59% du total des voix! Autrement dit, deux tiers des votants ont exprimé un choix radical et protestataire dimanche dernier.
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En apparence, c'est Emmanuel Macron qui a gagné le premier tour de l'élection présidentielle en France. Mais le vrai vainqueur a un autre nom: populisme. Motif? Si vous additionnez le total des voix de ceux et celles qui ont voté pour un parti d'extrême droite et d'extrême gauche - et je n'évoque pas seulement Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour, j'y ajoute aussi les petits partis tenants d'une rupture sociale et économique -, j'arrive à 59% du total des voix! Autrement dit, deux tiers des votants ont exprimé un choix radical et protestataire dimanche dernier. L'autre surprise de ce premier tour, c'est le score ridicule du candidat écologiste, alors que la menace du réchauffement climatique n'a jamais été aussi forte. Visiblement, l'électeur français a choisi de se préoccuper de son pouvoir d'achat avant tout. En résumé, il privilégie le prix du contenu de son caddie aujourd'hui plutôt que de l'apocalypse qu'on nous promet pour demain ou après-demain. Même résultat étonnant pour Eric Zemmour. S'il a démarré en flèche sur les questions d'identité, son avancée fulgurante dans les sondages s'est étiolée au fur et à mesure des inquiétudes sur le pouvoir d'achat. A croire que les fins de mois sont plus importantes que le grand remplacement ou l'Armageddon écologique. Au final, si le pouvoir d'achat a émietté les votes, les populistes ont malgré tout remporté une victoire en creux. Pourtant, partout où les partis populistes ont conquis les urnes et pu appliquer leur programme, c'est l'échec. Il n'y a qu'à tourner les yeux vers le Royaume-Uni: le Brexit est un fiasco sur le plan économique. Mais bon, ce discours est inaudible par les citoyens concernés. Vous pouvez leur démontrer chiffres et raisonnement à l'appui, rien n'y fait. Au mieux, ils feront la sourde oreille. Au pire, ils estimeront que c'est un complot de ceux d'en haut. Et de fait, Emmanuel Macron représente aux yeux de beaucoup d'électeurs la France d'en haut contre celle d'en bas, celle des sans-grades représentés par Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. De facto, la fracture droite-gauche a cédé la place à une cassure plus subtile. En effet, le monde de 2022 est celui de l'insécurité externe (pensez au Covid-19 et à la guerre en Ukraine) mais c'est aussi celui de l'insécurité intérieure (pensez à la perte de l'espoir d'un lendemain meilleur des classes moyennes). Au final, ce score doit montrer aux économistes et à certains experts hors sol qu'il faut arrêter de donner des leçons aux citoyens, qu'il faut cesser de nier leur malheur à coup de chiffres macroéconomiques démontrant le contraire. Aujourd'hui, c'est le ressenti qui prime et c'est le pessimisme social qui prévaut. En conclusion provisoire, Macron, proche des élites nationales et internationales, n'a pas encore gagné. Et ses proches lui rappelleront qu'il doit éviter le syndrome Valéry Giscard d'Estaing. En 1981, le président sortant avait largement dominé François Mitterrand entre les deux tours au cours d'un débat télévisé. Mais, in fine, il avait quand même perdu les élections... Avec le recul, on a compris que c'était surtout sa personne qui était en cause et avait provoqué le rejet épidermique des électeurs. Emmanuel Macron n'est pas à l'abri d'une même mésaventure. Les partis de la droite et de la gauche classiques ont disparu en France mais ce champ de ruines a cédé la place "à un bloc d'hostilité sociale dont les clameurs ne vont pas cesser de retentir", comme l'écrivent mes confrères du Figaro. Bref, crier au loup et dire qu'il faut faire barrage à l'extrême droite ne suffira plus à mobiliser l'électeur. 2022 n'est pas 2017.